Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La CGT au Festival du cinéma à Cannes

Cofondatrice de ce qui était alors le Festival international du film, la CGT sera présente au Festival de Cannes, qui se déroule cette année entre le 13 et le 24 mai.

La CGT fêtera ainsi l’histoire croisée du syndicat et du cinéma au travers de différentes initiatives regroupées sous l’intitulé « 120 ans de la CGT, 120 ans du cinéma » et qui sont organisées par la Fédération nationale CGT des syndicats du spectacle, de l’audiovisuel et de l’action culturelle (FNSAC), l’Avenir social, l’union départementale CGT des Alpes-Maritimes, l’union locale CGT de Cannes et la CGT des hôtels, cafés et restaurants (HCR).

C’est ainsi que le 17 mai, des précaires, des privés d’emploi, des sans-papiers, des retraités et des jeunes monteront les marches et assisterons à une projection en compagnie de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

Le 19 mai, l’exposition photo des 120 ans de la CGT sera présentée au marché couvert de Forville, toujours à Cannes. Des artistes CGT offriront au public un spectacle populaire et gratuit.

 

Un peu d'histoire...

Le 13 mai 2015, s'ouvre le Festival International du Film de Cannes. Mais comment a-t-il été créé, par qui et quelle est son histoire ?

Avant la Deuxième Guerre mondiale, la Mostra (Festival du Film de Venise, créé par l'Italie fasciste en 1932) se préoccupe davantage de politique que de cinéma. Sous la coupe mussolinienne et l’ingérence des gouvernements fascistes allemands et italiens dans la sélection des films de la Mostra de Venise, le festival est même inauguré en août 1939 par Joseph Goebbels. La délégation française n'apprécie guère de voir « La Grande Illusion », le chef-d’œuvre de Jean Renoir qui passait alors pour "le cinéaste" du Front populaire, être interdite de récompense suprême, après l’intervention personnelle de Mussolini.  

Déjà, pour contrecarrer la propagande fasciste, l'idée d'un festival international du film est discutée sous le Front populaire sous l’égide de Jean Zay, ministre des Beaux-arts. Plusieurs villes sont alors candidates, notamment Monaco, Nice, Biarritz, Alger et même Vichy. C'est Cannes qui remporterait les suffrages, choisie pour « son ensoleillement et son cadre enchanteur » pour recevoir du 1er au 20 septembre 1939 le premier Festival International du Film. Cependant tout reste à faire (financements, sélections à composer, etc) et, de décalage en décalage, le Front populaire n'existant plus, mais toujours avec Jean Zay ministre des Beaux-arts, la guerre éclatant, la manifestation cannoise n'a pas lieu. Elle aurait eu pour président Louis Lumière.

Mais la création du Festival est donc un geste politique d’opposition aux fascismes.

Si la décision de relancer un festival du film à Cannes fut prise en 1945, la première édition n'eut lieu qu'en septembre 1946, dans des conditions précaires. L'industrie cinématographique américaine, craignant pour ses intérêts, estimait qu'un seul festival en Europe, celui de Venise en Italie, suffisait. Dans une France en partie ravagée par la guerre, alors que tout était à reconstruire, certains hommes politiques, épaulés par une partie de la presse, pensaient qu'il y avait mieux à faire. Or une large partie de l'opinion politique et syndicale désirait au contraire la création d'un festival. La CGT et le PCF prirent toute leur place dans cette bataille. Ces deux organisations disposaient alors d'un poids certain, tant au niveau local que national. Poids considérablement renforcé par leur attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. Le festival eut tout de même lieu, rassemblant 21 pays participant. 11 récompenses y furent remises à de grands films comme« Rome, ville ouverte » de Rossellini. Ce film raconte l'histoire d'un groupe d'Italiens vivant l'occupation nazie de 1944.

Il faut attendre 1968 pour voir réapparaître une influence sociale, syndicale et politique perdue au fur et à mesure du temps passé. Toute la France manifeste, les universités ferment, l’essence se raréfie. Les séances de projections sont interrompues maintes fois. Les étudiants envahissent le haut-lieu du cinéma mondial. Le 18 mai, de nombreux réalisateurs dont Godard, Polanski ou Truffaut, entre autres, prennent la tête des débats qui agitent Cannes en organisant la rébellion contre « l’État gaulliste ». Le Festival sert de plate-forme médiatique et politique. Le 19 mai les organisateurs ferment le Festival. Une première, à ce jour.

Depuis 1946, la CGT siège au conseil d'administration du festival.

Aujourd'hui, comme hier, La CGT est donc toujours présente au sein de cette manifestation culturelle éternellement menacée par les lois du marché.

 

Quelques mots sur Jean Zay: Il s'est embarqué sur le Massilia, pour le Maroc, le 21 juin 1940. Avec 25 autres parlementaires, il compte obtenir l'asile à l'ambassade britannique et poursuivre le combat. Consigné dans un hôtel par le Résident général de la France, il est arrêté par la police française le 15 août 1940 pour désertion devant l'ennemi. Il devient la cible notoire de la campagne antisémite orchestrée par Phillippe Henriot, ministre de la Propagande du régime de Pétain. Est réclamée la mort du "juif Jean Zay" comme "juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front populaire".

Le 4 octobre 1940, Jean Zay est condamné, à Clermont-Ferrand, par un Tribunal militaire de Vichy à la déportation à vie. Il est incarcéré. Trois miliciens viennent le chercher le 20 juin 1944, quelques jours après le Débarquement allié en Normandie. Il est abattu dans un bois. Puis déshabillé, il est jeté dans la faille du Puits du diable, près de Molles, dans l'Allier. Ses assassins grenadent l'endroit pour qu'on ne retrouve pas son corps. Le 22 septembre 1946, son cadavre est découvert par des chasseurs.

Commenter cet article

caroleone 12/05/2015 16:31

C'est passionnant Roger, je découvre avec toi cette histoire. J'étais bien loin de me douter pour la CGT même si je connais l'histoire pour Jean Zay.
Merci bien, c'est intéressant de découvrir une autre facette des événements devant lesquels souvent l'on passe indifférents.
Amitiés
caro