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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Le soutien à la grève des mineurs, qui débutent en mars 1963, est restée dans les esprits. La grève devient générale et illimitée suite à l'ordre de réquisition du général de Gaulle, président de la République. A l'instar de l'Union locale CGT, se forme à la Bourse du travail un comité de soutien. Il comprend l'ensemble des organisations syndicales et des partis de gauche, des mouvements de jeunesse, l'Auberge de la jeunesse et la Maison des jeunes, l'église catholique et l'église réformée, mais aussi des municipalités aux sensibilités politiques différentes comme celle de Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Ville, Buchelay, Dennemont, Gargenville et Guerville.

Un tract est édité par l'Union locale CGT et appelle à la solidarité sous toutes ses formes. Les dons sont recueillis à la Bourse du travail et auprès de certains commerçants. Un deuxième tract appelle à renforcer la solidarité, car les besoins sont immenses: soutenir les grévistes et recevoir le mieux possible 103 enfants des corons de Fenain dans des familles de la région, durant les vacances de Pâques. Extraits du tract:" A été collecté  plus de 2 200 00 anciens francs dont 580 000 pendant les journées du 23 et 24 mars 1963. Ce résultat n'a pu être obtenu que par l'effort solidaire de milliers de Mantais de toutes conditions. Mais il faut faire encore plus... Vendredi et samedi, travailleurs de la région mantaise, versez à vos responsables syndicaux ou à la Bourse du Travail."

Point de rassemblement autre que syndical, la Bourse du travail l'est aussi.

Un Comité antifasciste s'était formé dans le Mantois en 1934. Un meeting se tient à la Bourse du travail et 3 000 personnes défilent dans Mantes, Mantes-la-ville et Limay au cri: "le fascisme ne passera pas!"

Le 14 juillet 1935, sur proposition du Comité d'action antifasciste, deux cortèges partent, l'un de la mairie de Mantes-la-Ville, l'autre du groupe scolaire de Limay, pour rejoindre celui défilant dans Mantes. Plus de 4 000 personnes se rassemblent place de Lorraine, derrière 20 maires de la région, avec le drapeau tricolore et la bannière rouge du Front populaire. André Lecoq, le maire de Limay lit le serment suivant:

"Au nom de tous les partis et groupements de liberté et des organisations ouvrières et paysannes, au nom du peuple de France rassemblé aujourd'hui sur toute l'étendue du territoire, Nous, représentants mandatés ou membres du rassemblement populaire du 14 juillet 1935, animés par la même volonté de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et la paix au monde, nous faisons le serment solennel de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine."

                                                                                                                                                                               algérie001

 

"Imposez la négociation loyale avec le GPRA", titre le bulletin de l'Union  CGT de Seine-et-Oise en ce début d'avril 1961. En effet, le gouvernement français tergiverse dans les pourparlers qu'il entretient avec les délégués algériens, tandis que l'OAS factieuse poursuit son oeuvre de mort en Algérie et en France.

En réponse, un nouveau Comité antifasciste se formé à Mantes en 1960, avec la Bourse du travail comme point central. Un meeting pour l'indépendance de l'Algérie se tient dans la grande salle de réunion, le 27 octobre, suivi d'une manifestation dans Mantes..

En 1961, toujours pas de paix en Algérie. Dans la nuit du 21 au 22 avril, les généraux Challe, Zeller, Jouhaux et Salan provoquent un pucht militaire en Algérie. En Corse, parachutistes et factieux soutiennent cette rébellion armée. On évoque une sédition parmi certains éléments de l'armée française et même d'un raid aéroporté sur Paris et sa banlieue.

En ce dimanche du 23 avril, s'organise une riposte républicaine dans le Mantois. Une permanence d'alerte est établie à la Bourse du travail. Des rondes sont organisées dans la région et l'aérodrome de Chérence est placé sous haute surveillance. Une délégation, avec un dirigeant de l'Union locale CGT, rencontre le sous-préfet pour lui demander "des armes et des moyens afin de  contrer les parachutistes, les mutins et les fascistes". Un mot d'ordre de grève national est lancé. Le 24 avril, les grévistes affluent devant la Bourse du travail. Une manifestation républicaine et antifasciste parcourt l'agglomération. En Algérie, les soldats du contingent, aidés d'officiers et de sous-officiers fidèles à la République, refusent d'obéir aux factieux. Mardi à minuit, la radio annonce la reddition des rebelles. Toutefois, le comité antifasciste du Mantois appelle à un meeting à la Bourse du travail pour "la Paix en Algérie".

 La Bourse du Travail devient la Maison des syndicats

 Auguste Goust, maire de Mantes-la-Jolie, lors de l'inauguration de la Bourse du travail, place de Lorraine, affirmait qu'en ce lieu central de l'agglomération mantaise, elle offrait "aux travailleurs et à leurs syndicats tous les dégagements nécessaires et évitait de trop longs trajets pour s'y rendre".

Puis les choses ont changé et le temps a passé. En 1964, Jean-Paul David, maire de Mantes-la-Jolie manifeste son souhait de rénover le quartier; il semble prendre en compte les réclamations de la CGT sur la vétusté de la Bourse du travail. Or, le 20 février 1970, l'étude de la rénovation du quartier paraît sans un relogement des syndicats en centre de la ville, comme si l'on désirait ce lieu de rassemblements et de contestations. 

En Mars 1977, une municipalité d'union de la gauche remplace celle de la droite. Mais la rénovation du quartier reprend. On ressort des cartons la construction de locaux provisoires pour les syndicats, en bordure de Seine, avec l'attribution de 200 mètres carrés pour l'Union locale CGT, projet que celle-ci avait combattu sous la précédente municipalité.

Si l'ensemble des syndicats de la région déménagent dans cette friche industrielle excentrée, la CGT, reste campée sur ses positions, même si l'on baptise la rue de cette Maison des syndicats Alexandre Palombe, résistant du Mantois tué par les Allemands. En fin de compte, poussée par la vétusté des locaux, place Henry Dunant, l'Union locale se résout à déménager. Sa direction écrit toutefois, le 27 mars 1980, au District urbain de Mantes dirigé par un socialiste, son exigence d'une  "véritable Bourse du travail située au centre ville". Elle s'insurge qu'un quart des locaux  lui soit attribué, quand, première organisation syndicale de la région, elle recueille 48% des suffrages à l'élection prud'homale.

La Maison des syndicats sur Mantes-la-Ville.

Autre projet immobilier en bordure de Seine, en 2003, par la municipalité de droite de Pierre Bédier qui a remplacé celle de gauche. Les unions locales sont évacuées tout au bout d'une friche industrielle de la défunte usine de la Cellophane. Là aussi, bataille de l'Union locale CGT, invasion du conseil communautaire, pétitions et actions des syndicats. Certes, la CGT n'obtient pas d'être relogée au centre de l'agglomération mantaise. Mais les autorités administratives, dirigées par le sénateur UMP Daniel Braye, cèdent sur la construction d'une salle commune de réunion, l'agencement d'un local attenant pour la CGT, la plus grande surface de la Maison des syndicats accordée à l'Union locale, le pancartage de la rue et des indications pour repérer les locaux avec un arrêt bus devant ces derniers.

En 2013, l'Union locale CGT revendique plus de 1 500 syndiqués et près de 40 syndicats et sections syndicales (actifs, sans-emploi et retraités).

Elle est la première organisation syndicale aux élections prud'homales.

Les anciens de l'Union fraternelle des syndicats ouvriers de l'arrondissement de Mantes avaient disposé cette Marianne au fronton de la Bourse du Travail. En 2015, ce n'est pas la fin de la lutte des classes et du combat  pour vivre libre, digne et solidaire.

120 ans de la CGT: une Bourse du travail à Mantes (suite)

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