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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

A l'occasion des 120 ans de la CGT, des chroniques à ce sujet dans la région mantaise. Aujourd'hui, l'émergence du syndicalisme

D'abord chez les cheminots

Si la CGT naît en 1895, la défense du prolétariat débute vraiment en 1864 lorsque la grève cesse d'être un délit et en 1884, quand la loi reconnaît l'organisation syndicale. Or dans le Mantois, il faut l'arrivée du chemin de fer pour que le syndicalisme voit le jour. De ce fait, ceux-ci sont les premiers travailleurs du Mantois à s'organiser dans la Chambre syndicale nationale en décembre 1890.

Cette émergence provient d'abord de leur nombre; ils sont plusieurs centaines à travailler pour une même entité, la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, sur une région où le salariat est dispersé et majoritairement rural. Ensuite, ils logent pour la plupart, depuis 1856, dans la cité Buddicom des cheminots, très excentrée du bourg de Gassicourt. Quasiment en autarcie, leurs règles de vie se calquent sur le chemin de fer et son labeur en continu. Surtout, s'ajoute à cela, l'uniformité de la corporation: le travail d'un cheminot est identique dans tout le pays. Tout cela cimente et développe une identité commune et les solidarités qui en découlent, d'abord par le mutualisme, puis avec le syndicat.

La Chambre syndicale nationale des travailleurs des chemins de fer se crée le 5 août 1890. Elle comptabilise en décembre 11 500 adhérents en 41 sections dont le groupe des cheminots de Mantes. C'est peu et beaucoup à la fois: peu par le nombre de syndiqués, beaucoup par le rayonnement du syndicat sur la France entière: une première dans le mouvement ouvrier qui s'organise. Pour l'heure, le groupe de Mantes n'a rien de révolutionnaire. Il s'inscrit parfaitement dans les objectifs de la Chambre nationale qui préconise l'action conciliatrice plutôt que la grève "en raison des répercussions inéluctables sur l'économie nationale". Et lorsque la Chambre se transforme en Syndicat national des travailleurs des chemins de fer de France et des colonies, la conduite est la même. En décembre 1895, le premier secrétaire général de la CGT est un cheminot: A. Legailse, employé de bureau aux Chemins de fer de l'Etat.

Ensuite dans d'autres corporations

Au début du 20e siècle, divers courants traversent le syndicalisme: anarchiste, révolutionnaire, socialisant ou réformiste. Dans le Mantois, la tendance réformiste l'emporte, peut-être parce que la région est faiblement industrialisée et que les ouvriers sont des journaliers chassés des campagne par la mécanisation agraire. De la même façon, les premiers cheminots sont d'anciens ouvriers agricoles de la Mayenne ou de la Normandie. Vont se créer dans la région d'autres syndicats ou chambres syndicales: métallurgistes, papetiers, luthiers, ouvriers boulangers et porteurs de pain, peintres, menuisiers, maçons, chapeliers, etc.

Dans le Mantois, certains syndicats sont affiliés à la CGT, comme celui des cheminots depuis 1905, d'autres non. La Chambre syndicale des ouvriers en instruments de musique a l'originalité de rassembler des confédérés et d'autres qui ne le sont pas; ladite chambre ne se confédérera en totalité qu'en 1911.

En 1908, l'Union fraternelle des syndicats ouvriers de l'arrondissement de Mantes est pareillement organisée entre syndicats confédérés et d'autres qui ne le sont pas. Elle est dirigée par Auguste Goust, cheminot et militant radical-socialiste. C'est ainsi que le syndicat des ouvriers boulangers et porteurs de pain, proche des anarcho-syndicalistes, n'adhére pas à l'Union fraternelle réformiste.

Le Journal de Mantes, dans son édition  du 5 août 1908, attaque violemment "les révolutionnaires" de la confédération, coupables selon lui des 7 morts de Villeneuve-Saint-Georges entre grévistes et forces de l'ordre. Et l'Union fraternelle ne réagit pas à cette virulence de la presse locale contre des terrassiers en grève syndiqués à la CGT.

Après la grève générale des cheminots en 1910, les choses vont évoluer dans le Mantois. Même si l'Union fraternelle observe une neutralité en adhérant au réformisme des radicaux-socialistes locaux, des syndicats suivent la ligne revendicative définie par la Confédération, c'est à dire une position de classe partisan de la grève générale regroupant anarchistes et socialistes.

Après la Première Guerre mondiale et la Révolution russe de 1917, les courants s'affrontent dans la CGT et dans le Mantois. Cela conduit à une première scission en 1922 où la CGT réformiste et la CGTU révolutionnaire coexistent dans la Bourse du travail de Mantes. La réunification intervient en 1936, mais est de courte durée: à partir de 1938 et avec l'exclusion de la Confédération des communistes en septembre 1939. Une seconde réunification se produit en 1943 sous le régime de Vichy et l'Occupation. 

En 1947, le courant réformiste, autour de Léon Jouhaux, quitte définitivement la confédération pour former Force Ouvrière. Cette nouvelle organisation s'oppose aux  grèves qui interviennent dans le pays. Elle est d'accord avec le plan américain Marshall. Dans le Mantois, est apparue en 1919 la CFTC. Mais, trop cléricale, elle est pratiquement inaudible.

1920: grève générale des cheminots à Mantes. Rassemblement devant la Bourse du travail.

1920: grève générale des cheminots à Mantes. Rassemblement devant la Bourse du travail.

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