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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La justice d'exception est en marche sur ordre du ministère de la Justice et donc du palais de l'Elysée. d'où le communiqué du Syndicat de la magistrature que je partage:

C’est plus que jamais lorsque l’effroi nous saisit et bouscule tous les repères que la justice doit faire preuve de sérénité et résister à la vague de l’émotion.

Las, la ministre de la Justice a fait le choix d’entonner le discours de l’intransigeance de principe et d’enfermer les tribunaux dans la justice de l’urgence. Des consignes diffusées le 12 janvier soumettent les magistrats du parquet à des injonctions contradictoires de « systématisme » et « d’individualisation », de « pédagogie » et « d’application ferme de la loi », dont seul l’appel à la répression paraît être entendu, comme il fallait naturellement le craindre.

C’est ainsi que depuis quelques jours s’enchaînent les procédures expédiées, où l’on a examiné et jugé le contexte, à peine les circonstances des faits, si peu l’homme, poursuivi pour avoir fait l’apologie du terrorisme. Non pas pour avoir organisé une manifestation de soutien aux auteurs des attentats, élaboré et diffusé à grande échelle des argumentaires, pris part à des réseaux, mais pour des vociférations, lancées sous le coup de l’ivresse ou de l’emportement : en fait, des formes tristement actualisées de l’outrage. Les lourdes condamnations pleuvent, assorties d’incarcérations à l’audience.

Telle est la désastreuse justice produite par le recours à la comparution immédiate dont la loi du 13 novembre 2014 a fait une nouvelle arme de lutte contre le terrorisme.

Comme si la justice pénale, devenue l’exutoire de la condamnation morale, pouvait faire l’économie d’un discernement plus que jamais nécessaire en ces temps troublés. Comme si certains de ses acteurs avaient brutalement oublié qu’elle doit être rendue avec recul, sur la base d’enquêtes approfondies, en se gardant des amalgames - entretenus jusque dans cette circulaire, qui englobe violences urbaines et apologie du terrorisme - et, surtout, des réactions hystérisées qui la délégitiment et la société avec elle.

Pourtant, loin de tirer les conséquences de ces condamnations aveugles et démesurées, d’interroger leur effet sur ceux qui, ainsi labellisés « terroristes », en retirent surtout la certitude légitime de l’injustice, la ministre surenchérit. Elle annonce sa volonté de modifier le régime juridique des insultes et de la diffamation, qui pourront également être poursuivies en comparution immédiate dès lors qu’elles comportent un caractère raciste, antisémite ou homophobe.

S’il est légitime que la République condamne clairement le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie, la répression la plus dure de leurs manifestations les moins construites est un aveu de faiblesse inutile et dangereux. Et une société qui, par millions, descend dans la rue proclamer son attachement à la liberté d’expression ne peut, sans se contredire, emprisonner sur l’heure celui qui profère des mots hostiles à la loi qui affirme ses valeurs.

Il y a aussi l'opinion de l'avocate Laure Heinich-Luijer:

Dans la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, celle de la presse et de sa liberté, la justice est grande, les débats sont d’un niveau élevé. On n’y prend pas le thé mais on pourrait. C’est entre soi, costume cravate des deux côtés, prévenu comme plaignant. On se bat pour son honneur et on dépense davantage en frais d’avocat que ce qu’on risque de peine d’amende.

Le tribunal consacre des heures entières à savoir si une phrase a injurié ou bien si elle a diffamé. On a des mois pour préparer son dossier, on foisonne d’idées, on fait citer des témoins, on brille. A Paris, la justice qui tranche les limites de ce qu’on peut dire est créative et prend son temps. Quand on regarde cette justice-là, on peut en être fier, au moins jusqu’à ce qu’on se demande au détriment de qui elle est rendue dans ces conditions là ? Peut-être au détriment de ceux qui comparaissent dans la chambre d’à côté, là où se tient la justice des limites de ce qu’on peut faire ?

Quand on plaide pour ceux qui sont jugés en comparutions immédiates, dont l’affaire est survolée à défaut d’être examinée en vingt minutes plaidoiries comprises, on a envie d’aller chercher un juge de la salle d’à côté, à la 17e, pour lui dire que c’est ici aussi qu’on a besoin de lui, pour passer des heures sur les hommes et pas seulement sur leurs idées, et pour inventer d’autres sanctions que la case prison.(...)

La totalité de l'article en lien:

Bon, allez-vous me dire peut-être, les deux opinions n'ont rien à voir entre elles.

Ce n'est pas ce que je pense. Justice d'exception, comparution immédiate et il n'y a qu'à regarder comment la justice s'occupe de la criminalité des cols blancs ou des politiques (souvent les mêmes). Sans parler de la Cour de justice de la République pour les parlementaires...

La justice... mais pas l'égalité

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