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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Mes amis de La minéralité expliquée aux cailloux ont transcrit plusieurs fois sur leur blog l'ensemble de mes poèmes consacrés à la Première Guerre mondiale, cette guerre impérialiste qui eut pour conséquences le partage du monde par les vainqueurs en oubliant les peuples, et dont on subit les travers sanglants de nos jours.

En ce 11 novembre, j'ai regroupé tous mes poèmes.

 

MOBILISATION

L’angélus sonne l’hallali.

Monsieur le Maire qui n’a point fait la dernière

Harangue ces recrues partant vers leur première:

Dieu, la guerre sera jolie!

 

Des breloques multicolores

Enguirlandent chaque revers et son fusil.

L’on va anéantir tous ces Boches transis.

L’aurore sera tricolore!

 

Ils ont suivis leurs capitaines

Et seront tous de retour avant le souper,

Le front garni des lauriers de cette épopée

Qui durera une huitaine...

 

Le temps est à l’exubérance,

La vendange mûre, le grand soleil coquin.

Pieds du bourg ou des champs, les mêmes brodequins

Avec un pantalon garance.

 

JE VAIS PARTIR

Je vais partir vers le couchant.

Que veux-tu femme, verrouille bien notre porte!

Je vais partir vers le couchant.

Efface mes traces avec mes années mortes.

 

Si je m’en reviens vers mon seuil,

Me reconnaîtras-tu, vagabond cherchant asile?

Si je m’en reviens vers mon seuil,

Demeureras-tu encore seule sur notre île?

 

SOUS LES DRAPEAUX

L’heure en est venue

De saisir la guerre

Qui trotte menue

Toute à son affaire.

 

Compagnies en carrés et un genou à terre

Derrière les drapeaux bénis par l’aumônier.

Le Christ ne laissera personne solitaire.

Ainsi adoubés, seront vaillants les troupiers.

 

Juste après la messe

Un autre décor

L’on charge des caisses

Qui seront ces morts?

 

Le temps sera-t-il de bonne ou male fortune?

Dans les cœurs, ne palpite plus le rêve mûr.

A la guerre, la vie ne vaut pas une tune:

Aucun soldat n’a ensemencé le futur.

 

LETTRE DU FRONT

Dans cette aurore de la lueur d’une lampe,

Je ne suis nulle part peut être n’importe où.

Voici mon adieu. Je fixe la triste rampe.

Bientôt sous le clairon, nous jaillirons du trou.

 

Mère, ces mots, il va falloir que je m’en aille.

Et tu le sais: j’ai eu vingt ans en ce printemps.

Mais ici, la terre ne s’ouvre plus aux semailles.

Mère, ces baisers, je n’en ai plus pour longtemps...

 

PERMISSION

Un soir, que j’étais camouflé dans le silence

D’un rempart verdurier et dans l’ombre effacé,

Les canons bombardaient l’horizon en cadence,

Lorsqu’il vint de nulle part comme du passé.

 

Sans doute recherchait-il un dernier asile,

Le calme de mon bosquet pour s’y rajeunir

Avant de repartir à grands pas plus agiles,

Tout entier, endurci pour un sale avenir.

 

Se sont croisés nos yeux sans dire la vengeance.

Près de la mousse tranquille, il se blottira.

Et puis au matin reprenant notre allégeance,

Chacun vers son ciel haillonneux, l’on partira.

 

Toujours sans un mot de peur d’inviter l’orage,

Alors l’on s’est souri comme pour deux amis.

Et la terre aussi a retardé son naufrage.

Ensemble ou presque, nous nous sommes endormis.

 

LA TRANCHEE

Il pleuvait. Crottés jusqu’au cou et presque morts,

Nous étions confinés, seul avec le remord,

Dans la tranchée : étalement confus et triste

D’ombres sous le linceul des nues, gris et sinistre...

Au-delà du caveau, garnis de barbelés,

Des cadavres noircis, raides comme gelés.

Et autant de gisants pris dans la même toile,

Sans plus la force d’invoquer le divin voile.

A peine la nuit, l’on jaillira vers l’assaut.

Contre qui, contre quoi? Contre l’autre troupeau !

Ceux d’en face, pris comme nous, sans espérance...

De quel côté le bon droit et pour quelle France?

Il pleuvait. Le clairon sonna. En un clin d’œil

Comme une paille enflammée, droit sur notre seuil,

Nous nous sommes rués sans pitié sur les autres...

A moins que nos voisins vinrent charger les nôtres.

 

AU REPOS

 

Ils sont mis au repos

Gladiateurs horribles

Lâches ou bien salauds

Et des filles faciles.

 

Et puis du mauvais vin

A seaux vaille que vaille

Pour perdre son chemin

Et vomir ses entrailles.

 

Peut-on oublier

Du front la vermine

Et ses poux familiers

Et la mort qui chemine?

 

 

CHUCHOTEMENTS

Des bruits chuchotent qu’il faut retenir son pas,

Ne point courir comme des sots sous la mitraille,

De honnir ces meurtriers qui nous jettent au trépas.

Parfois nos batteries transpercent nos entrailles...

Messieurs les généraux, entendez nos douleurs !

Et la pluie, et le froid infectant nos blessures...

Transis par le deuil nous n’avons plus de pleurs

Qui soulageraient nos plaies bouclées sous l’armure...

 

LA DER

Ils repartirent encor vers la haine.

Avec le clairon battant le rappel,

A l’heure brisée du soir éternel,

Fantômes menés par leurs capitaines.

Ils repartirent encor vers la haine.

 

La salve orange en faucha des centaines,

Tant et plus qu’on ne put les ramasser

En refluant, compagnies désossées.

 

Et quelques rescapés: une huitaine...

La salve orange en faucha des centaines.

 

Dans la terre criblée qui fait la plaine,

Lorsque s’est tu le combat, dans le vent

Nous parvient l’agonie des survivants,

Fatigués de souffrir, râlant à peine...

Dans la terre criblée qui fait la plaine.

 

Y aura-t-il des soldats pour la prochaine ?

Pour gravir les échelles de la mort ?

Lorsque sonnera le clairon encor

Sur les trépassés bruissant de leurs chaînes,

Y aura-t-il des soldats pour la prochaine ?

 

LES MUTINS

Le rang se fait d’espaces vides

Et le cœur absent ou livide.

Revient l’écho.

Est venu le temps de la fronde:

Assez de tueries rubicondes,

De nos stratèges radicaux!

 

Pour glaner quoi? Un bout stérile,

Ou deux, à seule fin utile :

Une médaille au général

Que le carnage nous consume

Et sanglante soit notre écume:

Une médaille au général!

 

Défunte est l’ancienne fête

Quand l’on courut vers la conquête

En plein mois d’août...

Aujourd’hui, désobéissance

Malgré le cuir ou la potence...

Ne plus bouger, coûte que coûte...

 

TIRES AU SORT

Ils ont tirés au sort par-dessus leurs épaules

Ils ne pouvaient pas tous les fusiller

Avant que d’autres l’on enrôle

Pour être écrabouillés

Sans faribole

Voyez!

 

                                                                 

AVEU

Je ne fus pas un bandit de sacs et de cordes

J’ai accepté la loi comme les autres gens

Et triché peut être cela je vous l’accorde

Mais d’un pauvre n’ai point pris un seul argent.

 

Pourquoi alors mes mains entravées de chaînes

Et ce trou là-bas que l’on fossoie très profond?

Et ce poteau droit où l’on m’attache sans peine...

Un bandeau mais le lait de l’aube dans le fond.

 

 

AU CLAIRON

La fusillade est assassine

Mais la troupe reprend le pas

Et ses épines,

Son sésame pour le combat.

 

Et les hommes à nouveau meurent

Au nom du clairon souverain.

Il n’est pas l’heure

De la relève mais du chagrin.

                                             

ENFIN!

La paix nom de Dieu et l’amour !

Plus jamais de sang ni de flammes.

La vie recouvre ses atours.

Et son rire de jeune femme.

La page est tournée pour de bon :

Ouvrons nos champs et les pâtures!

De nos mains le rêve gerbons

Dans les cœurs et mille murmures.

 

ILS REVINRENT

Ils remirent à Dieu la clé de la bataille

Et redevinrent des civils comme autrefois.

Plus gauches cependant en ces habits qui baillent,

Tant avaient rognés les corps, la guerre et le froid.

Qu’ils referment le col blanc ou la côte grise,

Manœuvriers, dans la mine ou instituteurs,

Pourront-ils un jour oublier l’immense bise,

Ces millions de croix plantés comme des tuteurs ?

Et puis l’on distingua des charrues orphelines,

Des vieux laboureurs n’ayant plus de destinées.

Et toutes ces veuves en noires capelines,

Et ces gueules cassées au rire mort brisé.

Que se ferme le ban et suivons la musique.

Autour du monument, voici l’heure venue.

Le drapeau frémissant glorieux et magnifique

S’est accroché à une tombe toute nue...

 

LA GUERRE EST UN MASSACRE

La guerre est un massacre, a redit le poète.

Enfants qui me lirez, soyez-en assurés.

Dans un jour, un an, elle tranchera vos têtes,

Sans un remord ni faire une fois l’écœurée.

 

La guerre massacre des cœurs qui se ressemblent

Au profit d’autres qui ne veulent que régner.

Qu’ils soient gouvernants, financiers ou tous ensembles,

Main dans la main, voici nos bourreaux, leurs cognées.

                                                                    

ONZE NOVEMBRE

Saoulés de mensonges, ils partirent à la guerre,

Fleuris, enrubannés comme à Pâques rameaux,

Jurant de revenir sous la treille prospère.

Le combat sera mort avant de dire un mot.

 

Fiers soldats dans vos pantalons bien garance,

Vous courûtes au bal ainsi endimanchés

Quand une mitraille perça votre innocence

Pour vous enclouer dans l’enfer de vos tranchées.

 

Et lorsque le clairon bramera en novembre,

Plus tard, qui saura vos souffrances aujourd’hui?

Déjà bien des boutefeux sont là pour reprendre.

Fut jolie celle de quatorze-dix-huit ? 

Ma Grande Guerre

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