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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Elle est journaliste à France Télévisions, en CDD depuis dix ans. En procédure judiciaire avec la télé publique, elle utilise le pseudonyme de « Funambule » pour ce texte qu’elle a fait parvenir à l'Humanité et qu’elle a intitulé Poubelle la vie:

"C’est tout de même étrange.
Je suis rentrée à France 3 la même année que Plus belle la vie dans la grille des programmes. C’était en 2004.
J’étais CDD. Déjà. Tout avait pourtant si bien commencé. Comme dans un soap opera. Hypokhâgne, Sciences-Po, école de journalisme.
Un stage décroché à France 3 et puis rapidement un chef qui me repère.
“Reste dans le coin petite, sois disponible, tu as un style, ça me plaît.” Alors j’ai poséma valise.
 
Allô maman bobo
Et voilà.
Dix ans plus tard. Je suis toujours là.
Dans le coin devenu franchement exigu.
Moisi.
J’ai pourtant donné de ma petite personne pour me faire une place. Une vraie.
Les sujets tard, les sujets loin, les sujets cons et les sujets compliqués.
Des journées à rallonge et des contrats courts.
Avec le sourire toujours.
Sans se plaindre jamais.
Heureusement il y a les compliments.
Mais comme dit ma mère : ce n’est pas ça qui te fait vivre.
Elle sait de quoi elle parle, ma mère.
C’est elle qui paie mon loyer.
Quand mon ersatz de salaire arrive
systématiquement avec deux mois de retard.
Quand mes heures sup ne sont pas payées.
Quand mes 300 euros de frais de déplacement me sont remboursés au compte-gouttes.
Quand depuis six mois je suis rémunérée aux 35 heures au lieu de 39 heures à cause d’un bug de logiciel, et parfois même aux 25 heures parce que le repos hebdomadaire nous est gentiment sucré. Comme les navettes provençales.
Quand je vais à Pôle emploi pour leur expliquer que j’ai 20 bulletins pour le mois de mars. Que non je ne suis pas intermittente. Que oui c’est le service public. Mais que maintenant, monsieur, j’aimerais bien avoir mes indemnités s’il vous plaît.
Indemnités que je n’aurais finalement pas parce que France 3 m’envoie les attestations Assedic trop tard.
Merci. Au revoir. Alors je baisse les bras.
Et je prends mon téléphone. Allô maman
bobo.
 
Plan social déguisé
Ha ça, oui, je suis toujours disponible.
De plus en plus même.
J’ai perdu 60 % de mon activité en un an.
Comme des centaines d’autres CDD
de France Télévisions. Victimes d’un plan social gratuit et silencieux.
Car à France Télévisions, contrairement au quartier du Mistral, ça ne se finit pas
autour d’un verre. Une bonne tape dans le dos.
Ça se finit à la poubelle.
À coups de pied au cul.
Et les éboueurs de FTV ne sont jamais en grève.
Poubelle la vie.
Une vie en miettes. Aucune visibilité : rien prévoir, rien attendre, rien demander.
Désormais c’est par SMS qu’on me siffle pour travailler. La veille pour le lendemain.
Pour un jour, pour deux et pour la semaine si le collègue que je dois remplacer est par chance très malade.
J’en viens même à souhaiter la pécole à ma voisine de bureau.
Pas douloureuse mais longue, très longue.
Je l’aime bien quand même.
Il faut faire des économies. Voilà ce qu’ils nous disent.
Ces licenciements déguisés auraient permis à l’entreprise d’économiser 8 millions d’euros l’année dernière.
Alors que France Télévisions fait les poches de ses précaires avant de les jeter,
le Canard enchaîné parle de 1,2 million d’euros partis dans la besace Bygmalion.
Sans compter le million des contrats de FTV Publicité.
Comment voulez-vous digérer cela ?
À trop avaler de couleuvres… moi, mon gosier est bouché comme le port de Marseille.
 
1 800 jours, 400 contrats
Ça j’ai toujours du style. Oui. Mais il a viré à l’aigre.
J’ai plus envie de rire.
De toutes façons mon chef non plus.
Ou si jaune pastis.
Il a pris du grade et je ne lui plais plus.
Du tout du tout.
Je suis une plaie. Qui le gratte.
Avec mes 1 800 jours, mes 400 contrats et ma gueule béante : je représente désormais une menace. Une bombe judiciaire à retardement. Tic. Tac.
300 ont explosé l’année dernière.
Aux prud’hommes.
Cette année, 200 de plus devraient péter.
Mais France Télévisions a des économies. De sacrés bas de cachemire. 50 millions d’euros provisionnés pour ces contentieux sur la période 2013-2014.
L’inspection du travail aussi s’est saisie du problème. Recours abusif aux CDD.
Le dossier est au tribunal de grande instance de Paris. Au pôle financier.
Boum.
Apocalypse Now en prime time.
 
SOS négociations
Alors, une question me taraude.
Pourquoi en arriver à ces extrémités ?
Pourquoi préférer payer au tribunal plutôt que de nous embaucher ?
Aurélie Filippetti avait pourtant promis dès avril 2013 de faire baisser le taux de précarité à France Télévisions en intégrant les CDD et intermittents historiques.
Un an après, je crois qu’ils ont tout compris de traviole.
Ils ont juste fait baisser le taux de précaires. En les jetant.
Des négociations sur l’emploi non permanent sont en cours.
Négociations si restrictives qu’elles ne concerneraient même pas les CDD comme moi, vieux de dix ans.
De la bouillabaisse de communicant pour calmer les esprits. Pour nous servir la soupe.
Aujourd’hui, on en a marre de déguster. On veut des emplois stables et largement mérités.
Pour que ce mauvais feuilleton finisse, au moins, par un happy end. "
Journaliste en cdd depuis 10 ans à la téloche de David Pujadas

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sorcière and co 06/10/2014 10:29

il faudrait pouvoir supprimer tous ces parasites ils vivent de la sève travailleuse, ils ne sont bons a rien mais ils jugent le style de la journaliste et s"en servent puis ils piétinent tous ceux qui font le travail proprement en les laissant pourrir, c'est à leurs coups d'enfoirés et à leurs pieds baignant dans le sang des salaries que l'on reconnais les profiteurs

mordred 20/09/2014 16:25

D'un côté s'accrocher à une télé publique qui exploite ses CDD depuis 10 ans, est une chose.
D'un autre côté,c'est de notre redevance télé dont on parle, là discrètement, mine de rien?
Et pour une télé de merde qui nous désinforme en permanence? C'est là que notre témoin veut entrer?
Moi, tout ce que je veux, c'est que cette télé de mensonges cesse de désinformer à mes frais, sur mon dos, et contre mes intérêts de vie. C'est à dire qu'elle disparaisse.
Il y en a d'autres des télés, maintenant. Pas comme à l'époque F1, Antenne2, FR3.
D'autres.S'accrocher au service public est plus un symptôme de peur de l'avenir (et je ne juge pas cela) qu'une aptitude à de se remettre en question, voire à changer d'orientation professionnelle. Cette personne a du potentiel, elle ne l'exploite pas.
Il est vrai que le système est à l'agonie.
Il faut en tirer les conclusions plutôt que de vouloir rejoindre et renforcer un système de désinformation systématisé d'un peuple. Ne pas avoir vu ce que valent nos télés et merdias, interroge plus sur cette personne que sur le combat qu'elle mène. La redevance télé et ce genre de "service public" qui nous est servi, devraient être liquidés.

"La presse libre n'existe pas.
Aucun de vous n'oserait donner son avis personnel ouvertement. Nous sommes les pantins qui sautent et qui dansent quand ils tirent sur les fils.
Notre savoir faire, nos capacités et notre vie même leur appartiennent. Nous sommes les laquais des puissances financières derrière nous. Nous ne sommes rien d'autre que des intellectuels prostitués.
Le travail du journaliste est la destruction de la verite, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l'opinion au service des Puissances de l'Argent.
Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses".

John Swaiton, l'éditeur du New York Times, lors de son discours d'adieu.