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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La libération de la France du joug nazi et de ses laquais, le gouvernement de Pétain et de l'extrême droite française, n'a pas été possible sans l'intervention des Alliés débarquant en Normandie et en Provence à l'été 1944.

Pour autant, la bataille de Stalingrad et ses 2 millions de morts, durant l'hiver 1942-43, marquèrent le vrai tournant de la Seconde Guerre mondiale. En effet, l'armée de l'Union soviétique battit les soldats du reich hitlérien qui devait durer 1 000 ans. Ce fut la première victoire d'importance contre le régime nazi et le début de sa fin.

Pour autant aussi, l'héroïsme des soldats qui débarquérent en cet été 1944 sur le sol français occupé ne doit pas faire oublier que 60% de la patrie fut libéré par les seules forces de la Résistance, par cette armée des ombres notamment issues de la classe ouvrière. Oui, de cette classe ouvrière dont l'écrivain François Mauriac disait que "seule elle est restée dans sa masse fidèle à la nation profanée".

Marseille

Marseille

ou Toulouse et dans d'autres villes françaises

ou Toulouse et dans d'autres villes françaises

Beaucoup de ce peuple de la nuit sont tombés durant ces années noires pour la libération et l'indépendance de la France. Des rues, des esplanades, des établissements portent leur nom. Mais dans la crise actuelle qui secoue notre société de fond en comble, on les a oubliés. Parce qu'ils étaient des petits, des sans grade et que dans le mauvais monde où nous vivons, il n'y a aucune place pour le peuple.

Les cheminots ont particulièrement été actifs au sein de la Résistance ouvrière. Là aussi, le voyageur n'a pas le temps de regarder ces plaques commémoratives dans les halls de gare, quand la SNCF ne les a pas enlevées.

Pourtant, la résistance ouvrière est de cette prestigieuse filiation des soldats de l'an II, de la Commune de Paris, de cet esprit révolutionnaire qui en combattant voulait ouvrir des lendemains qui chanteraient enfin.

 

Liberté

 

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté
 
Paul Eluard (1942)
 
Dans le Mantois, pas moins de 47 patriotes furent fusillés, moururent en déportation ou au combat. Le dernier résistant tué par les nazis fut Henri Boucaut, cheminot FFI, garde signal à Bonnières-sur-Seine et habitant Freneuse.
Après le débarquement en Normandie du 6 juin 1944, les différents mouvements de la Résistance, regroupés au sein des Forces Françaises de l’Intérieur, ordonnent de gêner partout les soldats allemands et de favoriser par ses renseignements l’avance des Alliés. Dans le Mantois, le communiste Louis Racaud, responsable des FFI, cheminot au dépôt, relaie cet appel.
Henri Boucaut se met au service des Américains qui libèrent peu à peu la région. Il doit les renseigner sur les positions allemandes. Or pris par une patrouille ennemie, il est fusillé le 24 août 1944. Mantes-la-Jolie était libérée depuis le 19 août.
Eté 1944: l'héroïsme ordinaire de l'armée des ombres

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