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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Si vous avez vu Le jour le plus long (1962) ou Il faut sauver le soldat Ryan (1998), vous avez pu noter l'absence de soldats noirs américains débarquant sur les plages de Normandie. Pourtant, la conscription touchait les hommes en âge de porter l'uniforme et peu importait la couleur de leur peau.

Mais sous le drapeau américain, dès l'entrée en guerre des USA en 1942, la ségrégation raciale existe. il n'y a aucun mélange dans les unités et seuls les blancs combattent les armes à la main.

 

Déjà, lors de la Première Guerre mondiale, ce fut ainsi. Mais l'Armée française intégra dans ses rangs les soldats noirs de la 93e division d'infanterie US. La France va leur fournir leur équipement de soldat, jusqu'au casque porté par les poilus français. Ces combattants Afro-américains ne seront décorés que par des médailles militaires françaises.

Dès l’Armistice, les USA reprennent le contrôle des quatre régiments noirs américains. Ils sont embarqués pour la mère-patrie dès janvier 1919. Pour l'état-major US, pas question de les laisser en période de paix dans un pays ne connaissant pas la ségrégation raciale, au contact d’une population qui pourrait leur donner des prétentions en matière de liberté.

Soldats noirs américains avec la Croix de guerre Française

Une autre histoire du 6 juin 1944, celle des soldats Afro-américains

Durant le deuxième conflit mondial, la ségrégation raciale se poursuit pour les soldats Afro-américains. A l’époque aussi, l'opinion publique US était incapable d’imaginer les personnes de la communauté noire occuper des postes importants dans la société civile et militaire. Ainsi, un seul escadron de bombardiers à équipage noir, le 332e, combattit. Dans la marine, sous des officiers blancs, on teste la capacité des Afro-américains avant  qu'ils puissent être à la place des subalternes blancs.

Côté armée de terre, les soldats noirs sont carrément relégués à des tâches subalternes et à l’écart des régiments de blancs, Les USA ne leur font aucune confiance. Ainsi, une unique unité noire, le 320e bataillon de ballons de barrage, débarqua en Normandie, le 6 juin 1944.

À 6h30 du matin, la plage dOmaha Beach est en vue. Puis, c'est le débarquement, raconte le vétéran noir William Dabney, 19 ans à l'époque, sur France 24: "Les Marines étaient déjà passés. Le sable était couvert de cadavres. Je faisais partie du 320e bataillon de ballons de barrage anti-aérien. J’avais un ballon attaché à moi lorsque je suis arrivé sur la plage, mais il a été détruit pendant les bombardements".

Dans l’enfer du "D-Day", le soldat américain arrive à survivre tant bien que mal. Il s’empare d’une pelle et creuse un trou dans lequel il reste terré pendant de très longues heures : "Je suis resté sur la plage pendant environ trois ou quatre jours, en attendant l’arrivée de nouveau matériel. Je ne faisais pas partie de l’infanterie ou des Marines, je n’étais pas en train de me battre. J’étais là pour protéger les troupes avec les ballons". 

Ce système permettait d’éloigner les avions ennemis, en cas de contact un détonateur déclenchait une explosion.

Une autre histoire du 6 juin 1944, celle des soldats Afro-américains

Après avoir continué la guerre en Belgique, aux Pays-Bas et enfin aux Philippines, William Dabney a entamé des études après sa démobilisation. Mais ayant obtenu un diplôme universitaire d’ingénieur électrique, il est victime de la ségrégation sur le marché du travail. Il n’y avait pas de poste d’ingénieur ouvert pour des candidats noirs. Il a été obligé de suivre une formation de carreleur.

William Dabney ne sera pas présent en France pour ce 70e anniversaire du 6 juin 1944.

Sur les plaques commémoratives, dans les livres d’histoire ou dans les films, il n'est fait aucune mention de la présence du 320e bataillon de ballons de barrage  lors de ce jour si crucial.

Pourtant, le 26 juillet 1944, le général Eisenhower, chef des armées US, adressa ce message au 320e bataillon de ballons de barrage anti-aérien : "Votre bataillon a débarqué en France le 6 juin sous le feu de l’artillerie, des canons et des fusils. Le bataillon, en dépit de ses pertes, a accompli sa mission avec courage et détermination, prouvant son importance dans l’équipe de défense aérienne".

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Yves CORVER 09/07/2019 18:54

Bonjour,
Je vous invite à découvrir mon roman historique consacré à ces oubliés du 6 juin 1944. D-Day Un jour noir, publié chez LBS le 15 mai 2019. Cordialement, Yves CORVER