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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Un commentaire de Gilbert Dubant suite à mon article sur la VO du 14 avril dernier:

 
La Nouvelle Vie Ouvrière (NVO) vit ses dernières semaines dans sa forme actuelle. Le bureau confédéral et le Parlement de la CGT (CCN) ont mollement acté la mutation présentée par la directrice Agnès Naton. Les seules émotions proviennent des salariés de la NVO devant une vague de licenciements programmés et de quelques abonnés parmi les 24 000 que revendique encore la publication de 105 ans.
Parmi ces derniers, Roger Colombier donne dans son blog du 14 avril 2014 son opinion et celle de l’AG des salariés réunis le 17 février dernier. Pour comprendre la situation et chercher des remèdes, deux écueils sont à éviter : l’indignation impuissante et la focalisation sur la NVO en oubliant les phénomènes généraux qui touchent la presse française et européenne.
 
1 – Être centenaire ne constitue pas une assurance de longévité. Statistiquement, c’est le contraire. L’histoire syndicalement glorieuse de la Vie Ouvrière ne la met pas à l’abri de la mort. Les camarades de Pierre Monatte et de la CGTU ressemblent autant aux lecteurs potentiels d’aujourd‘hui que l’invention de Gutenberg à une rotative ou à Internet. Ils ont cependant en commun une vision sociale de classe qui perdure en s’adaptant. Combien sont-ils actuellement ? Probablement plus de 24 000. Un demi-million ? La NVO n’en sait rien. Les enquêtes d’opinion qu’elle mène via Internet tournent dans le vide sur une question inepte : que pensez-vous d’un journal qui va disparaître ?
 
2 – La NVO est touchée par une mutation générale des médias. Celle-ci est de plusieurs ordres : la mise en place de flux d’information constante sur Internet, les réseaux dits sociaux et les chaînes continues (BFMTV, Î-télé, etc) ; les changements intervenus dans le rapport des masses au syndical et au politique ; la baisse continuelle de la diffusion payante des supports papier depuis une dizaine d’années ; la baisse des recettes publicitaires de la presse écrite. À noter que les annonceurs ne reportent pas la totalité des budgets sur la télévision, mais sur des supports plus ciblés par le marketing Web, efficaces et bon marché.
À des degrés divers, Libération, l’Humanité, le Monde, le Parisien, l’ensemble de la presse régionale et une partie de la presse magazine, sont frappés. Le cas du Figaro est intéressant. Si sa diffusion payante et ses recettes publicitaires papier baissent, il rebondit grâce à son support Internet qui offre des services dépassant la stricte information et générant des revenus (voyages, achats en ligne, etc).
Les « pure players » (sites d’information payante Internet) explosent en nombre, mais peu survivent longtemps, au contraire des blogs gratuits. Les autres disparaissent ou sont rachetés par des groupes de presse (Rue 89). L’exemple Mediapart montre a contrario un support qui semble durer avec 80 000 abonnés revendiqués et un prix d’accès modique, pour un contenu original et documenté.
De manière générale, de moins en moins de lecteurs achètent un journal pour apprendre le matin ce qu’ils savent depuis la veille par la radio, la télé ou le Web. Les commentaires qui devraient éclairer et hiérarchiser ces flux d’information en vrac obéissent à des grilles de lecture dominées par l’emploi du conditionnel, des fausses évidences et des banalités, enveloppées dans une langue de coton. Dans leur domaine, la NVO et le site confédéral Internet ne font pas exception. Les enquêtes sociales innovantes, le journalisme d’investigation, sont rares et les codes de langage ne sont guère marqués par l’originalité. Un fleuron, la NVO Impôts, décline gravement sous les coups de la simplification des déclarations et de l’arrivée d’Internet.
 
3 – Connaître son métier n’est pas une tare syndicale. Conduire un train sans l’avoir appris est un exercice dangereux, tout comme un quincaillier dans un bloc opératoire. La direction de la NVO ne connaît pas les principes élémentaires d’une entreprise de presse. Le rapport d’Agnès Naton devant le CCN de février 2014 le prouve. Mais il n’est qu’une étape dans la longue agonie du journal.
Une équipe de journalistes et de techniciens de presse doit avoir confiance dans la qualité professionnelle de ses dirigeants. Or, depuis plus de trente ans, la confédération CGT a concentré l’essentiel de ses efforts de communication vers l’opinion publique sur la présence de dirigeants dans des émissions de radio et de télé, des débats ou des manifestations. Cela présuppose une absence d’ostracisme de la part de ces médias, publics et privés, à l’égard de la CGT. C’est un pari plus qu’osé, on le sait. La NVO restait le domaine réservé des militants, souvent lecteurs de l’Humanité.
Un débat de fond a été évacué depuis longtemps sur le ciblage de la NVO. Son champ est-il le mouvement social dans son ensemble, ce qui lui ouvrirait un énorme espace public, ou le rétrécit-on d’entrée au seul champ où intervient la CGT en l’état de son organisation? La conséquence est claire. On se coupe par avance des secteurs professionnels et socio-économiques où le syndicat est absent.
Même si la CGT n’est pas réputée comme un organisme à la gestion rigoureuse, la NVO bat des records. Penser comme Agnès Naton que « 6000 abonnements supplémentaires » pourraient enrayer un dépôt de bilan en 2015 est surréaliste, comme imaginer un abonnement à 4 parutions trimestrielles (Spécial Impôts compris) pour 60 euros par an, soit le prix d’un livre pour celui d’un magazine ? Les salariés parlent d’ailleurs « des centaines de milliers d’euros d’aides publiques » englouti par un site nvo.fr « conçu par des non-professionnels de la presse ».
 
4 – Quelle communication pour la CGT ? La question de fond ne touche pas seulement la confédération, mais l’ensemble des organisations. Dans les syndicats et les UL, les matériels sont surtout des publications « de lutte » (grèves, manifestations, pétitions, etc). De nombreuses Fédérations conservent des supports papier irréguliers et mal faits, surtout pour garder des numéros de commission paritaire et des publicités « amicales ». La plupart des UD ont abandonné les parutions régulières, à quelques exceptions près (UD CGT 91), par mauvaise gestion et ignorance du fait qu’un journal syndical peut ne pas coûter d’argent. Le mot « communication », associé chez de nombreux cégétistes au mensonge et à la manipulation politique, n’est pas engageant pour des responsables qui pensent que l’esprit militant peut créer sui generis toutes les compétences nécessaires.
Une autre condition à une communication efficace, non remplie aujourd’hui, est la cohérence et la clarté des messages. La CGT est traversée par des courants politiques diversifiés, exprimés ou contenus, qui ne facilitent pas l’expression de positions unanimes. Le vote du CCN sur le referendum européen en 2005 et la récente manifestation du 12 avril 2014 le montrent.
La situation des autres syndicats est différente. Ne subissant pas d’hostilité idéologique de la part des médias nationaux et locaux, ils peuvent donc se dispenser d’une expression autonome. Ce n’est pas le cas de la CGT.
Les cas de « Ensemble » et « Vie Nouvelle » sont différents. Le premier, assis sur les cotisations, est bien accueilli, de lecture facile et souvent pertinente, ne nécessitant aucun effort financier spécifique. Le second, ciblé par la tranche d’âge, profite du maintien de la culture du support papier chez les retraités et d’un contenu correct.
Pour exister, l’indispensable moyen d’expression nationale CGT, NVO ou autre, doit s’adapter à plusieurs évidences. Si le support papier n’est pas condamné, il doit se recaler avec son « camarade Internet », les deux ayant un cahier des charges adapté à chaque format et à chaque périodicité : information « chaude ou froide », magazine, investigation, humeur, pages pratiques, juridiques, etc. La facilité de lecture, la clarté, l’actualisation immédiate doivent se combiner à un ton à la fois détendu sur la forme et rigoureux dans l’analyse, où la précision des sources et de la démonstration prennent le pas sur les généralités, les mots d’ordre à l’emporte-pièce, les indignations lyriques ou la lourde ironie, fréquentes dans la presse « militante ».
La compétence professionnelle des dirigeants est une clé. Elle ne figure pas jusqu’ici dans la boîte à outils confédérale de la communication. Il est donc urgent de mettre une équipe de professionnel(le)s du journalisme, de la diffusion et de la gestion à la tête de l’outil CGT. Les chances de réussite reposent sur une vision de classe des enjeux de société associée à un savoir-faire pédagogique contre la pensée unique et des sujets inédits ou renouvelés. Le coût économique est inférieur à celui d’une gestion parasitée par la crainte de la nouveauté et l’incompréhension des mutations technologiques et sociales.

Gilbert Dubant
 
 
Note de ma pomme: Mon article a semble-t-il cloué le bec à tous ceux qui crient haro sur la CGT, sans pour cela en être pour la fortifier.
Ensuite, ce n'est pas peu dire comme l'écrit Gilbert Dubant que "le Bueau confédéral et le Parlement de la CGT ont mollement acté la mutation de la VO présentée par sa directrice Agnès Naton" par ailleurs secrétaire confédérale (note de ma pomme). Comme si le journal historique de la CGT avait la rage depuis longtemps et qu'il fallait l'occire sur-le-champ. Et comme aussi, Agnès Naton étant secrétaire confédérale, le Parlement de la CGT a pensé qu'elle avait peut-être la science infuse au sujet de la VO.
 
Ceci dit, le constat sur les difficultés de la presse est indéniable, en particulier celle échappant à la pensée unique. Comme est aussi justifié l'argument de la faiblesse idéologique du monde du travail (toutes catégories confondues), mais aussi des structures de la CGT dans laquelle on ne veut plus faire de politique (dans le bon sens du terme et sans être une quelconque courroie de transmission) sans se mettre à dos des syndiqués. Comme le dit Gilbert Dubant, même au sommet, il y a des difficultés. Le vote du CCN sur le référendum de 200, la désignation du remplacement de Bernard Thibault ou la récente manif du 12 avril dernier en sont des exemples.
 
Ceci encore dit, sûrement qu'il faut améliorer le fond et la forme de la VO, qu'il faut lui ajouter l'outil internet. Mais il faut que toute la CGT s'engage dans le sens de sa lecture. Car sans lecture, sans débat et sans réflexion, le syndicalisme n'est qu'une coquille vide dans laquelle le réformisme et pire l'extrême droite plantent leur marigot.
 
Dès lors, quoiqu'il en soit, je reste fidèle à la VO, à son passé comme à son présent. Quant à son futur, si d'aucuns l'ont déjà enterrée, ils ont enseveli avec elle leur conscience de classe. A moins que ces mots ne comptent plus, à force de ménager la chèvre et le chou.

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aline 19/04/2014 20:51

c'est mou, c'est mou, ce n'est pas ainsi que nous conserverons la V.O, ni même l'Huma. Désolée, mais abandonner les versions papiers pour se projeter sur du virtuel m'irrite profondément, à croire que le Net est la panacée universelle, évidemment ces gens qui utilisent au quotidien et comme outils de travail le Net finissent occultés du monde réel, croyez-vous que tous disposent de cet outil, financièrement, intellectuellement, ..... un travailleur exténué, une femme qui en rentrant enfile le tablier de la ménagère, mère de famille, auront-ils l'envie, la force de se jeter sur l'ordi pour militer! Justement ce matin je me demandais ce que m'apportait encore l'H D où je ne suis pas représentée et où j'espère toujours voir resurgir le P.C; celui des luttes, de l'espoir, de la loyauté....celui qui pour nous ouvrir l'avenir devra abandonner ses utopies et ses magouilles pour concrétiser des rêves plus terre à terre, ceux des français qui y croyaient dernièrement. aline