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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

 
 
Une menace grandissante
 
Le 8 septembre 1943, l’Italie capitule et l’armée allemande occupe aussitôt les départements de l’ancienne zone italienne. Dès lors, les persécutions antisémites s’y intensifient.
 
Le 13 décembre 1943, Sabine Zlatin envoie une lettre de démission à l’OSE, à la 3e direction de l’UGIF à Chambéry.
 
Les derniers enfants à quitter la colonie (Angel Elert, Georges Traube et Samuel Pintel) sont encore notés sur la liste de janvier 1944 tenue par Miron Zlatin.
 
Dans les premiers mois de 1944, plusieurs faits achèvent de convaincre Sabine Zlatin de la nécessité de disperser les enfants de la colonie.
Le 7 janvier 1944, le docteur Bendrihem, son médecin, est arrêté au hameau voisin de Glandieu.
Le 8 février 1944, la Gestapo rafle les locaux et arrête le personnel du siège de la 3e direction de l’UGIF à Chambéry, dont dépend la colonie d’Izieu.
Une assistante sociale de l’OSE, Margot Cohen, se rend à Izieu et pousse à la dispersion des enfants.
Le 23 février 1944, le Service social d’aide aux émigrants de Lyon, rédige un rapport après une visite de la colonie organisée à la demande de Sabine Zlatin qui « cherche à céder cette maison » et disperser les enfants.
Début mars 1944, le couple d’éducateurs Serge et Rachel Pludermacher quitte la colonie.
Le 6 mars 1944, Pierre-Marcel Wiltzer est muté à la sous-préfecture de Châtellerault. La colonie perd un allié dans l’administration.
 
Sabine Zlatin est à Izieu en mars 1944. Elle repart fin mars-début avril à Montpellier, où elle active ses relations pour tenter de trouver un refuge plus sûr pour les enfants et disperser la colonie. C’est là qu’elle apprend la nouvelle de la rafle, par un télégramme que lui adresse Marie-Antoinette Cojean, secrétaire de la sous-préfecture de Belley : « Famille malade - maladie contagieuse. »
 
 
La rafle
 
Le jeudi 6 avril 1944 est le premier jour des vacances de Pâques, qui, cette année, sont exceptionnellement courtes, la rentrée étant prévue le mardi 10.
 
La veille, l’institutrice, Gabrielle Perrier (Tardy, de son nom d’épouse) est retournée pour quelques jours dans sa famille après avoir préparé les leçons de la rentrée.
Le matin, les adolescents scolarisés à Belley sont rentrés à Izieu, accompagnés de Léon Reifman, venu passer les fêtes pascales avec sa soeur, éducatrice à la colonie et ses parents. Fritz Loebman, qui travaille à la ferme de Lucien Bourdon à Brens, est également de retour à la colonie.
 
Alors que les enfants se préparent à prendre leur petit déjeuner, un détachement de la Wehrmacht dans deux camions, réquisitionnés à Belley, et une voiture de la Gestapo de Lyon font irruption devant la maison – sur ordre de Klaus Barbie. Ils arrêtent brutalement les quarante-cinq enfants présents et les sept adultes qui s’occupent d’eux. Seul Léon Reifman parvient à s’enfuir en sautant d’une fenêtre. Les fermiers voisins, les Perticoz, l’aident ensuite à se cacher.
Eusèbe Perticoz est chez lui et ne peut sortir, empêché par les soldats allemands. Son ouvrier, Julien Favet, assiste impuissant à l’arrestation. Les enfants et les adultes sont jetés dans les camions.
 
« […] Et quand je regardais dans les camions, une chose […] m’a frappé […] Les plus grands, ceux qui avaient 10, 12 ans, essayaient de sauter par-dessus les plateaux du camion et, aussitôt, ils étaient remis en place par deux Allemands, qui les prenaient et qui les rejetaient dedans comme des sacs de pommes de terre, comme de vulgaires sacs […] Et en arrivant dedans, un autre les prenait à coups de pied […] J’ai vu Monsieur Zlatin, le directeur de la colonie, qui s’est levé de dessus le banc du camion et il a crié à mon patron, qui était sur la porte : “ Monsieur Perticoz, ne sortez pas, restez bien calé chez vous ! ” Et puis un soldat allemand lui a enfilé sa mitraillette dans le ventre et un grand coup de pied dans les tibias. Le coup de mitraillette l’a plié en deux et il était obligé de se coucher dans le camion et puis je ne l’ai plus vu.  »
Témoignage de Julien Favet au procès de Klaus Barbie, lors de l’audience du 27 mai 1987
 
Le convoi quitte le hameau de Lélinaz. Les habitants du village entendent les enfants chanter « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ».
Le camion s’arrête pour se ravitailler devant la confiserie Bilbor à Brégnier-Cordon. Les soldats allemands laissent descendre le petit René-Michel Wucher, âgé de 8 ans, reconnu par une parente ; le seul enfant du « pays », et qui n’est pas juif.
 
Le soir du 6 avril 1944, à 20h10, Klaus Barbie signe et envoie un télex à Paris, adressé au responsable de la police de sûreté et des services de sécurité en France, à l’attention du service des affaires juives de la Gestapo.
Il y annonce la rafle de la colonie d’Izieu, dénombre les personnes arrêtées et mentionne leur transport à Drancy le 7 avril 1944.
 
 
La question d’une dénonciation
 
On a souvent parlé d’une dénonciation de la colonie d’Izieu.
Des soupçons ont pesé lourdement sur un paysan, réfugié lorrain, Lucien Bourdon, présent le jour de la rafle au côté des Allemands. Inculpé de trahison et d’intelligence avec l’ennemi, Lucien Bourdon a été jugé à Lyon le 13 juin 1947. L’accusation de dénonciation n’a pas été retenue, aucune preuve, aucun aveu, aucun témoignage n’ayant permis de la légitimer. La Cour le juge uniquement « coupable d’indignité nationale ». Il est condamné à « la dégradation nationale à vie » et immédiatement remis en liberté.
 
La présence des enfants juifs à Izieu n’était ni secrète, ni clandestine.
En l’état actuel des recherches historiques, il est impossible de savoir à partir de quelle information la Gestapo de Lyon a été en mesure d’ordonner et d’organiser l’arrestation de la colonie d’Izieu. Les pistes sont multiples : les courriers échangés entre les enfants et leurs familles, les traces administratives de l’installation et de la gestion quotidienne de la colonie, la scolarisation des plus grands à Belley, les informations récoltées par la Gestapo lors de la rafle des locaux de l’UGIF à Chambéry, ...
 
Source: http://www.memorializieu.eu/spip.php?article6
 
 
Note de ma pomme: L’Union générale des israélites de France (UGIF) est un organisme créé par une loi  du gouvernement collaborationniste de Pétain en date du 29 novembre 1941, à la suite d'une demande des occupants nazis.

Tous les juifs sont tenus d'y adhérer, les autres associations juives ayant été dissoutes et leurs biens donnés à l'UGIF. Les administrateurs de l'UGIF appartiennent pour la plupart à la bourgeoisie juive française. Ils sont nommés par le Commisariat général aux questions juives, structure initiée par le régime de Vichy. L'UGIF, pour financer ses activités, puise dans un fonds de solidarité alimenté par les revenus tirés de la confiscation des biens juifs et de la cotisation que chaque juif doit verser.

Le rôle de l'UGIF a soulevé beaucoup de controverses, notamment à cause de son légalisme qui a transformé bureaux de l'association ou maisons d'enfants qu'elle patronnait en véritables souricières vulnérables aux rafles de la Gestapo. Composée essentiellement des éléments conservateurs de la bourgeoisie juive assimilée, elle a été clairement accusée par des auteurs issus des milieux juifs de gauche d'être une instance de collaboration avec le régime de Vichy, tant sur le plan idéologique. Son action était en effet fondée sur le postulat selon lequel la question juive en France était un problème d'immigration et de réfugiés juifs d'Europe orientale et centrale, et que les Juifs français pouvaient bénéficier d'une certaine ambiguïté de la part du régime de Vichy.

Or, à partir de 1943 et de l'accélération de la Solution finale, cette fiction va s'effondrer et la politique collaborationnistes des dirigeants de l'UGIF les conduira directement à la déportation à Auschwitz.

C'est de l'UGIF que Sabine Zlatin, dirigeante de la colonie d'Izieu, démissionne  le 13 décembre 1943, pour chercher un autre refuge aux enfants juifs.

klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, avise la police française de la rafle d'Izieu le soir du 6 avril 1944. Le chef de la police française est René Bousquet, ci-dessus à droite souriant avec des dignitaires nazis en janvier 1943.

Ecarté de la fonction publique à la Libération, René Bousquet entreprend une carrière de banquier. En 1957, le conseil d'Etat lui rend sa Légion d'honneur et l'ancien secrétaire général à la Police de Vichy est même amnistié le 17 janvier 1958. En 1974, René Bousquet soutient et apporte son concours financier au candidat François Mitterrand à la présidentielle contre Giscard d'Estaing, comme il l'avait fait en 1965 pour sa campagne contre le général de Gaulle.

René Bousquet va continuer dans les affaires en siégeant notamment dans divers conseils d'administrations. En 1981, après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle, il se rend à l'Élysée « pour parler politique ». « Je l'écoutais comme on écoute un chroniqueur politique. Il me voyait comme un continuateur d'une carrière qu'il n'avait pas pu faire » (déclaration de François Mitterrand à Pascale Froment).

Finalement, à partir de 1986, des accusations prennent de la consistance à son encontre. Mais François Mitterrand et son ministre de la Justice Georges Kiejman semblent freiner toute procédure judiciaire.

Pour autant, en 1991, René Bousquet est inculpé de crimes contre l'humanité. Mais l'instruction n'était pas achevée lorsqu'il fut assassiné de cinq balles par Christian Didier, chez lui à Paris. 

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caroleone 06/04/2014 19:03

Merci pour la narration de cette horrible page de notre histoire Roger......quand je lis chaque jour de quoi sont capables les hommes, j'ai l'impression d'être en plein cauchemar.
Je crois bien que je ne m'y ferais jamais à cette société dans laquelle on vit....et pourtant sans ce système pervers et qui a démontré sa nuisance, on pourrait vivre heureux !!
Mais je crois que l'homme est véritablement fait pour guerroyer, massacrer et dominer les petits, les écraser même et ceci sans condition d'époque. Et je crois aussi que l'homme nouveau cher à notre camarade le Che relève toujours de l'utopie (heureusement il y en a quand même mais trop peu).

Bonne fin de journée

caro