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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

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A cette occasion, je remets en ligne l'un de mes articles sur la CGT et la Résistance paru en février 2013. Extraits:

La réunification de la CGT, le 17 avril 1943, est un moment important dans l'histoire de la Résistance. Désormais, la guerre intérieure dans les entreprises au service de l'économie nazie et des armées hitlériennes va prendre de multiples formes: distributions de tracts, manifestations, grèves, sabotages, formation de milices patriotiques. Avec la Résistance d'obédience communiste, ce sont deux mouvements organisés qui vont s'impliquer dans les combats sur tout le territoire national, au contraire des autres formations souvent inorganisées et pas suffisamment coordonnées. Le 1er octobre 1943, dans la Vie Ouvrière clandestine, la CGT indique: "Jusqu'à présent, la presque totalité des grèves a été préparée et dirigée par les comités populaires qui suppléaient à la carence des syndicats. Aujourd'hui que l'unité se reconstruit, que les syndicats prennent un nouvel essor, c'est le devoir des syndicats de prendre résolument la tête de  ces luttes".

 

La CGT et le Conseil National de la Résistance (CNR)

 

Le 1er janvier 1942,  le général de Gaulle avait chargé Jean Moulin d'unifier tous les mouvements de résistance en France. En juin de cette année, il met en place un Comité d'experts chargé de penser à un projet politique pour l'après-guerre. S'appuyant notamment sur l'organisation de la résistance communiste et sur la force de la CGT( que de Gaulle voulait exclure), Jean Moulin fonde le CNR, le 27 mai 1943,  au premier étage du 48 rue du Four à Paris.


jean-moulin

Jean Moulin

Le CNR a deux objectifs, combattre et vaincre l'ennemi et préparer politiquement les lendemains de la libération du pays. Malheureusement, le 21 juin 1943, Jean Moulin, président du CNR, dénoncé, est arrêté. Plusieurs fois torturé par la gestapo et Klaus Barbie, il ne parle pas. Il succombe durant son transfert en allemagne, le 8 juillet. Georges Bidault lui succède à la présidence du CNR.

 

En juillet 1943, fort de son Comité d'experts, le général de Gaulle, par son envoyé en France Emile Laffon, transmet au CNR un programme politique qui va être rejeté. De son côté, la CGT a aussi pensé à un programme politique. Elle le publie en août 1943. Il reprend les propositions développées par les unitaires dès les premiers jours de l'Occupation. Louis Saillant, du bureau confédéral de la CGT, va s'en faire le porte-parole au sein du CNR.

Pour des raisons de sécurité, de septembre 1943 à septembre 1944, il n'y a plus de réunion plénière du CNR, seul son bureau l'administre. Il est composé de Georges Bidault, son président, Louis Saillant (pour la CGT), Pascal Copeau, Maxime Blocq-Mascart et Pierre Villon (pour le PCF).

 

Après plusieurs mois de tractations, un consensus est trouvé entre toutes les parties. Les talents de diplomate de Louis Saillant et la force de la CGT dans la Résistance n'y ont pas été pour rien. Ce programme est adopté à l'unanimité par le CNR le 15 mars 1944. Il s'inspire en grande partie du document publié par la direction de la CGT en août 1943.

Le 11 septembre 1944, Louis Saillant devient le président du Conseil National de la Résistance. Le programme politique est présenté par lui-même, le 20 octobre 1944, lors d'un grand meeting public à Paris.

photo

Si Charles de Gaulle est l'homme du 18 juin 1940, celui qui a demandé à Jean Moulin d'unifier les mouvements de résistance et le chef du gouvernement provisoire à la Libération, il n'est pas celui du programme du Conseil National de la Résistance. D'ailleurs, lors de son discours à la France, le 12 septembre 1944 au Palais de Chaillot, il se garde bien de se référer au CNR.

C'est là un marqueur important dans l'histoire sociale que va connaître notre pays par la suite, avec les attaques de la droite et du patronat, y compris par le général de Gaulle, contre le programme politique du CNR.

 

Note de ma pomme: Les attaques, dirigées par le gouvernement socialo-écologiste contre les droits conquis par les travailleurs à la Libération, participent à la même politique réactionnaire. La création de FO en 1947, orchestrée par la CIA avec tout l'appui du Parti socialiste de l'époque, est le marqueur primordial de la division du syndicalisme français. FO va aussitôt se dire  "partenaire social" du patronat et du gouvernement. Et les reculs  contre le programme du CNR vont débuter. Il est utile de la rappeler aujourd'hui.

 

Sources: Le syndicalisme dans la France occupée. Ouvrage collectif. Presses universitaires de Rennes. 2008. Notamment Action légale et illégale chez les ex-unitaires de la CGT et Chronologie syndicale (septembre 1939-août 1944) par André Narritsens. Esquisse d'une histoire de la CGT. 1965. Jean Bruhat, Marc Piolot. Centre confédéral d'éducation ouvrière. CGT approches historiques. 1988. Centre confédéral d'éducation ouvrière et Institut CGT d'histoire sociale. Aincourt un camp oublié. Roger Colombier. Le Temps des Cerises. 2009.

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