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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Enfin, un peu, mais c'est déjà ça....

 International

 

L’extrême droite ukrainienne, cible inespérée pour Moscou

LE MONDE | 15.03.2014 à 10h12 • Mis à jour le 15.03.2014 à 17h10 |Serge Michel (Kiev, envoyé spécial)

 

Avec leurs visages masqués, leurs ceinturons de Waffen SS, leurs croix gammées peintes aux murs et leur manie de saluer en dressant la main droite, Igor Mosiychuk et les hommes en tenue de camouflage qui l'entourent sont au coeur d'une violente controverse internationale.

Ce qui ne semble pas l'indisposer : « Le seul souci, dit-il, c'est la Crimée. Sinon, la situation pour nous est fantastique. Nous enrôlons plus de combattants que jamais, et les envoyons à l'est, chez les séparatistes Une centaine rien qu'aujourd'hui. »

Voilà deux semaines que trois groupuscules radicaux de l'extrême droite ukrainienne ont investi, sans demander de permission à quiconque, le 7e étage de la mairie de Kiev, poussant les bureaux pour pratiquer leurs entraînements ou s'aménager des couchettes. On y accède par une sorte de double fond du bâtiment monumental, à quelques centaines de mètres de la place Maïdan. A droite du hall principal, sur un mot de passe chuchoté, des gardes en armes ouvrent l'accès à un escalier dérobé.

Igor Mosiychuk, 153 kilos et la mine réjouie, est l'un des dirigeants des Patriotes d'Ukraine, un groupe paramilitaire néonazi. Un vote au Parlement ukrainien le 24 février sur les détenus politiques l'a tiré de prison, où il purgeait depuis août 2011 une peine de six ans pour « préparation d'actes terroristes ». « N'importe quoi, dit-il. Le juge était corrompu. Notre priorité, c'est de nous occuper de lui et des autres affidés de l'ancien régime. Mais l'invasion russe en Crimée détourne un peu notre attention, c'est vraiment dommage. »

« DES UNITÉS DE COMBAT DISCIPLINÉES »

A côté de lui, le jeune Vyacheslav Horan, au visage anguleux, a le même regret. Il est le fondateur de Biely Molot (« marteau blanc »), un groupuscule plus récent et plus radical encore, spécialisé dans le « nettoyage ». « J'ai commencé il y a un an, dit-il. Je postais sur VKontakte des adresses de gens corrompus, de casinos illégaux ou d'homosexuels. Après, je recevais un message qui disait que le problème était réglé, sans que je sache qui l'avait fait, pour des raisons de sécurité. Donc j'ai pas le chiffre exact de mes effectifs. Plusieurs centaines. » Selon plusieurs experts, les troupes de Biely Molot sont plutôt quelques dizaines.

Ces deux-là et leurs troupes de chemises brunes sont précisément les « fascistes », les « néonazis » et les « antisémites » dont la propagande du Kremlin prétend qu'ils composent l'essentiel des foules révolutionnaires qui ont forcé le départ du président Ianoukovitch. Eux se gardent bien de le contredire : ils sont ravis d'exagérer le rôle qu'ils ont joué sur les barricades de Maïdan.

« La révolution ukrainienne est nationale et démocratique, dit Anton Shekhovtsov, chercheur au University College de Londres, spécialisé depuis des années dans les mouvements d'extrême droite en Ukraine. Les néonazis n'y ont joué qu'un rôle marginal. Ils avaient une certaine efficacité sur Maïdan parce qu'ils formaient des unités de combat disciplinées, qui ont sans doute sauvé la vie de nombreux civils. Mais ce ne sont pas eux qui ont fait tomber Ianoukovitch et ils n'ont aucun avenir politique. »

Pour lui, la propagande russe a pourtant marqué des points, parce que le mouvement révolutionnaire avait autre chose à faire ces dernières semaines que de soigner ses relations publiques. « Poutine est en train de gagner la guerre de l'information », regrette-t-il.

« POUTINE NE NOUS FAIT PAS PEUR »

Igor Mosiychuk, lui, est comblé par ce duel avec le président russe. « Poutine ne nous fait pas peur, crâne-t-il. Nous allons porter la révolution à Moscou. La Russie est bien plus faible que l'on croit, parce que ses racines historiques et spirituelles ne sont pas assez profondes et qu'elle est peuplée par trop de musulmans. »

Dans la Kiev post-révolutionnaire, les groupuscules d'extrême droite sont un non-dit qui devient embarrassant. D'abord, les accusations du Kremlin conduisent les autres formations politiques à nier l'existence de néonazis. Ensuite, personne ne veut égratigner la mémoire de Maïdan, celle d'un peuple uni contre le président corrompu. Parce qu'ils ont tous combattu côte à côte sur Maïdan, néofascistes et gauchistes, juifs et militants pour les droits homosexuels, anarchistes et simples citoyens refusent pour l'instant de desserrer les rangs et d'écarter cette poignée de parias qui suscitent l'opprobre international et offrent une cible inespérée à la propagande russe.

Macha, une militante ukrainienne de gauche, est consciente de l'étrangeté de ce reste d'union sacrée. Il y a quelques mois, l'activité principale des groupuscules néonazis consistait à attaquer les groupes comme le sien. « J'ai plusieurs fois été insultée et frappée par des types que j'ai retrouvés à côté de moi à Maïdan », dit-elle.

L'une des raisons qui expliquent la protection dont bénéficient encore les néonazis ukrainiens est leur appartenance à une coalition de droite nationaliste, Pravyi Sektor, formée aux premières heures de Maïdan, en novembre 2013. La composante principale en est le groupe Tryzub (trident), que l'on dit modéré mais qui se réclame de la figure controversée de Stepan Bandera (1909-1959), anticommuniste virulent qui, pendant la seconde guerre mondiale, participa avec les nazis à des massacres de juifs mais qui fut ensuite interné dans des camps allemands, où ses deux frères trouvèrent la mort. C'est le leader de Tryzub, Dmitro Iaroch, formateur militaire de profession, qui dirige Pravyi Sektor. Il a annoncé sa candidature à la présidentielle du 25 mai.

PERMIS DE PORT D'ARMES

« Tryzub n'est pas une formation fasciste ni antisémite, estime Anton Shekhovtsov. C'est une droite conservatrice et patriotique. » Il n'empêche, la poétesse Diana Kamliuk s'est affichée cette semaine dans une conférence de Dmitro Iaroch, faisant la bise à tous ses gardes du corps. Elle est l'auteur d'un dérapage antisémite sur la scène de la place Maïdan et ses « poèmes » ont d'étranges relents : « Allez jusqu'au bout/Ne suivez pas les adjurations juives/Dans vos veines coule le sang ukrainien d'hommes blancs. »

Difficile de prédire si Pravyi Sektor réussira sa mue en parti. Pour l'instant, l'organisation négocie avec le gouvernement provisoire un statut de société de sécurité privée, afin de distribuer à ses membres des permis de port d'armes. Toujours est-il que dans un paysage politique en pleine recomposition, le contexte de l'annexion de la Crimée par la Russie est favorable aux nationalistes, et que, de l'avis de la plupart des analystes, Pravyi Sektor en sera le premier bénéficiaire, siphonnant les voix que l'autre grand parti nationaliste, Svoboda, avait engrangées aux élections parlementaires de 2012. « Les intentions de vote pour Svoboda sont passées de 10 % à 4 % pendant Maïdan, estime Anton Shekhovtsov, et cela va continuer de baisser. Quant à Pravyi Sektor, leur contribution a été appréciée pendant la révolte, mais voter pour eux est une autre chose. Je ne leur donne pas plus de 5 %. »

Dans sa tentative de recentrage, Pravyi Sektor aurait récemment exclu Biely Molot de ses rangs, ce que le fondateur du groupuscule néonazi dément : « Les décisions de la coalition sont collectives, rien de tel n'a été évoqué en comité », déclare Vyacheslav Horan.

 

Le parti de Dmitro Iaroch tente aussi de mettre en avant une organisation appelée Spilna Sprava (« cause commune ») qui prétend rassembler des dizaines de milliers de petits patrons nationalistes. Le responsable, Oleg Ahtyskyi, reçoit sous une tente de Maïdan. Il affirme se situer au centre droit de l'échiquier politique. « A cette invasion russe, dit-il, nous avons besoin de résister avec toutes les forces de notre société. » Homosexuels compris ? Silence embarrassé. « Euh… c'est une question compliquée. Disons que oui ; et on les mettra en première ligne. »

Pris sur le blod canempechepasnicolas

 

Note de ma pomme: L'extrême-droite, avec le parti Svoboda, participe au gouvernement "intérimaire". Mais la France, l'UE et les USA les appellent des nationalistes ou des populistes. Ces zigues soi-disant démocratiques ont dernièrement chassé manu militari de son bureau le directeur de la télé ukrainienne.

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Les "troupes" du parti des "non fascistes" de Fabiusocchios

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Oleg Tiagnibok, leader de Svoboda. À droite, le portrait de Stepan Bandera, chef collaborationniste ukrainien durant la Seconde Guerre mondiale. Médiapart du 21 mars 2014

 

Tout cela sans dédouaner aucunement l'affrontement entre deux blocs capitalistes, les Poutiniens et les Occidentaux, sur le dos du peuple.

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