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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Loin de moi de décrier que Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay, quatre grandes figures de la Résistance, fassent leur entrée dans le Panthéon, sur décision du président de la Répblique française. En ce 70e anniverssaire de la libération de la France, ils vont rejoindre Jean Moulin, premier président du Conseil National de la Résistance et unique représentant, depuis 1965, de ces femmes et de ces hommes qui luttèrent contre le nazisme et le gouvernement collaborationniste de Pétain.

Pour autant, que la République ne s'en froisse pas, il me semble qu'une des composantes de la Résistance et non des moindres n'est pas entrée dans le Panthéon, celle initiée par le PCF. Je ne crois pas à un oubli. Dès lors, permettez-moi de vous souvenir de Marie Couette (1898-1974), résistante communiste et secrétaire confédérale de la CGT en 1946, un exemple parmi tant d'autres.

 

"Dame-employée" aux PTT

Apprentie gantière, puis ouvrière, mais avec un salaire minoré par rapport à un homme, orpheline de mère et fille d'un facteur dans le Loir-et-Cher, Marie Couette réussit son concours pour les PTT. Elle se retrouve "dame-employée" aux Chèques postaux à Paris à 19 ans. Après la guerre de 14-18, la société, comme la CGT de Léon Jouhaux, se désintéresse toujours du sort des femmes au travail. Marie Couette va adhèrer à la CGTU qui rejette le réformisme de la CGT et ses positions conservatrices par rapport au salariat féminin. Elle va devenir une dirigeante de la Fédération postale CGTU.

Parce que communiste et son parti interdit, le 20 octobre 1939, Marie Couette est envoyée en résidence surveillée à Clermont-Ferrand. Elle est soupçonne d’être la responsable d’un « comité de bureau » clandestin dans lequel « les propagandistes unitaires cherchent à exploiter le mécontentement du personnel qui les entoure, en particulier où les agents sont surchargés de besogne, sans pouvoir jouir des repos dont ils bénéficiaient avant l’ouverture des hostilités ». A Clermont-Ferrand, son chef de service, deux fois par mois, adresse un rapport circonstancié à l’administration. Son courrier personnel  est lu.

Mais, inquiétant toujours les autorités pétainistes, elle est à déplacée à Châteauroux, le 24 juin 1940. Toujours en résidence surveillée, elle est révoquée le 30 octobre 1940, vu la loi du 17 juillet 1940 insituée par Pétain « sur le seul rapport du Ministre compétent et sans autres formalités ».  

 

Dans la Résistance

Marie Couette est immédiatement recherchée par la police pétainiste. Elle échappe à son arrestation et parvient jusqu'à Paris. Là, le 15 décembre 1940, elle intègre la direction du premier groupe de résistants des PTT Libération nationale des PTT avec le grade de capitaine.

autorisation allemande de circuler dont vont user les résistants dans les PTT

En août 1942, Marie Couette échappe de peu à son arrestation par la police parisienne.

Le 1er mars 1943, la police française arrête Marcel Gouzien, l'un des dirigeants de ce réseau. Torturé à la Préfecture de Police de Paris. Il perd fréquemment connaissance, est ranimé, puis torturé à nouveau. Comme il ne parle toujours pas, il est transféré à l’hôpital Rothschild, pour être rétabli en vue d’une nouvelle séance de tortures. Marie Couette se charge de le faire évader. La femme veut être l’égale de l’homme, hier dans le travail, aujourd’hui dans les combats de la Résistance ; elle ne laisse à personne la décision de ses choix dans l’existence. L’opération est couronnée de succès.

Le 1er juin 1943, Marie Couette est arrêtée. Elle avait décidé de visiter une camarade blessée à l’hôpital Saint-Antoine, pour repérer les lieux et fomenter son évasion. Battue férocement, cependant, ses bourreaux ne soupçonnent pas son rôle éminent dans la lutte clandestine. Elle est incarcérée à la prison de la Roquette. Tout juste perçoit-elle le débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie. En août, Paris se dresse de barricades et la 2ème DB fonce sur la capitale. Après les cheminots en grève insurrectionnelle, les PTT de la région parisienne sont immobilisées et gardés par des résistants armés. Marie Couette et 34 autres résistantes sont libérées par les FTPF du 11ème arrondissement. La libération de Paris n’est pas achevée et Marie Couette est chargée de diriger la grève insurrectionnelle des PTT sur la rive gauche.

 

A l’Assemblée consultative provisoire 

Dans Paris libéré, du 7 novembre 1944 au 3 août 1945. Marie Couette siège à l'Assemblée constitutive provisoire: 248 délégués,12 délégués pour la CGT dont elle;  au total, 13 femmes seulement dans cette Assemblée consultative provisoire.

Marie Couette va être la secrétaire de la commission du Travail et des Affaires sociales, présidée par Ambroise Croizat.

D’entrée, elle intervient sur les droits des femmes au travail et dans la société. Le 28 décembre 1945, elle déclare devant cette assemblée à majorité masculine: « Vous avez fait des femmes citoyennes, vous devez continuer ce que vous avez commencé, en apportant une légère modification à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui devrait s’exprimer ainsi : les hommes et les femmes naissent libres et égaux en droit, tant sur le plan travail que dans la vie familiale et sociale. […] Il faut maintenant donner aux femmes les droits et les libertés que possèdent les hommes. Qu’on leur ouvre plus grandes les portes de tous les emplois. Qu’on leur fasse largement confiance. »

Et dès que le gouvernement provisoire institue une commission sur les salaires pour les réexaminer, elle déclare : « Les femmes qui ont lutté à côté des hommes, par tous les moyens en leur possession, pour la libération du territoire, n’acceptent plus d’être des travailleuses au rabais, des citoyennes diminuées. […] Les salaires spécifiquement féminins doivent disparaître des conventions collectives pour être intégrés dans l’échelle générale des salaires, établis selon la seule qualification du travailleur. »

Marie Couette est l’unique femme à intervenir de la sorte et aucune résolution n’est déposée en ce sens ; pire, un abattement de 10% sur le salaire des femmes est adopté. Tollé de Marie Couette et des anciennes militantes de la CGTU. A l’Assemblée consultative, le 8 février 1945, elle réitère le principe d’un salaire égal pour un même travail entre homme et femme. Mais Alexandre Parodi, ministre du travail, annonce que « l’ordre du jour ne retient pas la proposition de madame Marie Couette ».

   

L’abrogation de l’abattement sur les salaires féminins 

A la Libération, l’écart entre les salaires féminins et masculins est de 20 à 30%. Les accords Matignon de 1936 n’avaient pas gommé cette inégalité.

Dès l’automne 1944, Marie Couette participe à la rédaction de la Vie Ouvrière, qui fait paraître « Le coin de la Femme », le 5 octobre, et onze mois plus tard, « La Page de la femme ». Elle y écrit : « Au moment où, lors de l’insurrection de Paris, des femmes se sont engagées pour les soins aux blessés, le ravitaillement des FFI, les liaisons, on voit la prime insurrectionnelle réduite de 10% pour les femmes. Camarades ouvrières, soyez vigilantes. C’est dans la mesure où les femmes seront nombreuses dans les syndicats et dans les postes de responsabilités, qu’elles pourront faire entendre utilement leur voix et contribuer à un mouvement syndicaliste fort, constructif et inspiré ».

Le 22 octobre 1945, l’Assemblée constituante dissoute, les élections législatives donnent le PCF, premier parti de France avec 148 députés. Le général de Gaulle forme un gouvernement mais en minorant la force des communistes. Tout à son devoir de relever la France, le PCF accepte cette façon de faire et Marie Couette tout autant. Cependant,  elle  interpelle Ambroize Croizat devenu ministre communiste du Travail sur l’abrogation de l’abattement salarial féminin.  Le 12 avril 1946, Marie Couette devient secrétaire de la CGT. Elle est plus encore sur la brêche tant à la discrimination salariale touchant les femmes.

Le 30 juillet 1946, Ambroize Croizat signe le décret abolissant l’abattement de 20% sur les salaires féminins. On doit aussi à la persévérance de Marie Couette que le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, repris par la Ve République en 1958, stipule : « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à celui de l’homme ».

 

Extraits tirés du chapitre consacrée à Marie Couette de mon livre Le travail des femmes autrefois paru chez l'Harmattan.

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