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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

En ce moment, à écouter ou à lire certains, je pourrai m'interroger, moi avec mon accent de Narbonne qui revendique mum pais, quand mon existence se tricote désormais beaucoup plus en Île-de-France que dans mon pays d'oc natal.

 

Mon grand-père Catalan espagnol a combattu dans le camp républicain durant la guerre d'Espagne. Rendu en France, lorsque celle-ci était en pleine débâcle militaire, il essaya pourtant de s'engager pour défendre cette république qui l'avait trahi. Plus tard ouvrier viticole dans le Narbonnais et syndiqué à la CGT, il resta attaché à sa langue maternelle et à la lutte, le catalan étant l'idiome naturel des prolétaires de cette terre à vignes. A-t-il pour autant renié ses idées de progrès, de justice sociale et de solidarité?

En 1871, l'éphémère Commune de Narbonne se déclama-telle dans la langue d'oïl de Paris? En 1907, lors de la révolte des vignerons, les soldats méridionaux du 17e, tournant leurs crosses pour ne pas fusiller leurs frères, avaient-ils lu Zola ou Hugo en français dans le texte.

Et je me souviens de mon père, représentant CGT de son usine en grève en mai-juin 68, distribuer la solidarité aux familles de  grévistes au sein du comité de grève local, qui parlait en occitan dans la chaleur de l'instant.

Dans ce Midi que je connais et j'aime, des hommes et des femmes, des gens simples mais des gens biens, dans l'idiome de leur pays natal, ont défendu les valeurs de la patrie des droits de l'Homme, une et indivisible, sans pour cela gommer leur originalité.

 

Pourquoi vouloir alors que je mette ma langue d'oc dans ma poche et que je fasse table rase de mes origines languedociennes autant que catalanes? Pourquoi me l'ordonner et en fonction de quel dogme?

A moins de faire siens, les propos du barde réactionnaire Alain Finkielkraut, lors d'un petit déjeuner de l'UMP, ce 24 janvier:"Je suis très frappé que maintenant, nombre de beurs et mêmes de gens qui vivent dans les banlieues, quelle que soie leur origine ethnique, ont un accent qui n’est plus français tout à fait. Mais ils sont nés en France ! Et pourquoi ont-ils un accent ? Et pourquoi leurs enfants auraient-ils un accent ? C’est tout à fait sidérant."Et d’expliquer qu’on ne doit pas avoir d’accent "puisqu’on est né en France". Sinon, c'est "une sécession culturelle".

 

Certes, il faut en ce moment combattre plus rudement pour défendre les droits conquis par la lutte des travailleurs. Mais lorsque les citoyens de Marseille et de Montpellier, marchant vers Paris en 1792, entonnant le Chant des volontaires pour l'Armée du Rhin (devenu par eux la Marseillaise) pour défendre la patrie en danger, beaucoup d'entre eux parlaient-ils la langue de Robespierre? Non, il avait simplement la Révolution dans leur coeur et c'est cela qui était important.

 

Aujourd'hui, sans se défausser dans les luttes présentes, je reste fidèle à mon héritage culturel qui est le même que celui de mon présent: la justice, la démocratie et le progrès social. En langue d'oc comme en français, ou en d'autres idiomes.

Enfin, faire référence à la Constitution actuelle pour rétrécir l'usage des langues régionales française à une peau de chagrin, me laisse perplexe. Les mêmes, avançant cet argument, sont ceux qui veulent abolir (à juste raison) cette constitution monarchique scellant la 5e République.

 

Allez, un petit coup du 17e de ligne:

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Serge des bois 10/02/2014 16:22

Pas de soucis, je n'ai jamais eu de doutes sur les orientations de ce blog et sur l'engagement de celui qui l'anime, que je respecte. Mon propos visait un aspect plus général en réponse à ce que j'ai lu par-ci par-là sur la toile ...

Serge des bois 10/02/2014 12:15

Ma terre d'origine me colle aussi aux souliers. La preuve, j'y suis retourné "vivre le reste de mon âge" comme dit le poète ...
Toutefois "quand mes ennemis m'applaudissent, je me demande quelle faute j'ai commise" ...
Pour paraphraser cette célèbre remarque de Lénine, je dirais "quand l'UE vote une loi, je me demande quel avantage en tire le capital". Comme je ne crois pas un instant que ce soit son empathie qui l'y pousse, c'est qu'il y trouve son intérêt.
Cette démarche arrivant au moment où on transforme notre pays en cassant ses structures pour y installer celles copiées sur le modèle allemand des grandes régions (landers) concurrentes et indépendantes les unes des autres plus conformes aux besoins du capital, provoquer le repliement sur "ses racines" peut être le moyen de faire sauter ce verrou.
L'aspect mélancolique du folklore, l'envie de retrouver à quoi se rattacher quand tout fout le camp, peuvent troubler bien des esprits et pas seulement en banlieue ....
C'est, je crois, renoncer à ce qui a fait la république à la française : "la république une et indivisible". Pour cela, il faut que ses membres, ceux qui la composent, se comprennent. C'est la base de tout et ça implique qu'ils parlent la même langue, que les lois qui les régissent soient votées dans des THERMES IDENDIQUES PARTOUT ET POUR TOUS. Les traductions ne sont que des traductions.
Déjà aujourd'hui, la décentralisation a mis a mal cette réalité, la république n'est plus une et indivisible : en matière d'accès à l'eau, aux soins, aux transports, etc, etc ... Selon la région, le département ou la ville où on habite, le coût pour l'usager (pardon, le client, les mots ont un sens !) n'est pas le même ...
De mon point de vue, c'est dans ce sens que veut aller la réforme des langues régionales.
Car si demain, chaque région définie par sa langue, publie ses documents officiels dans cette langue, QUID DE CEUX QUI Y HABITENT ET QUI NE LA PARLENT PAS ?
Alors, donner les moyens par l'école à ceux qui souhaitent étudier et conserver ce qui participe à leurs racines, OUI.
Casser le lien qui a permis la création de la patrie française NON.
L'UE est la démonstration que, sans le ciment de la langue qui permet de se comprendre en gommant les différentes interprétations possibles, les gens n'ont pas l'impression d'appartenir à la même communauté.

PS. Roger, peux-tu agrandir l'espace réservé aux commentaires, s'il te plait ? C'est très compliqué à gérer pour les bavards ... Merci.

Le blog de Roger Colombier 10/02/2014 15:13

Ton commentaire est passé en totalité et j'y réponds pour plus de clarté dans mon propos.
Je ne suis pas un doux rêveur et je sais que l'UE, par son fonctionnement ou ses lois à venir, est un outil du capitalisme. Je pense que mon blog est assez clair à ce sujet.
Que aussi les lois françaises soient votées en thermes identiques, je ne prétendrai jamais le contraire.
Pour autant, défendre l'occitan à ma façon n'a rien d'un repli identitaire. C'est faire connaître son histoire et toutes les luttes sociales qui s'y sont exercées en cette langue pour un avenir meilleur dans une république une et indivisible, vraiment démocratique et sociale.
Enfin, dans mon Languedoc natal, malgré mes bonnes notes au collège, mes professeurs m'ont orienté vers un établissement technique. Pas parce que j'étais d'un village ou l'occitan appartenait au quotidien, mais parce que j'étais le fils d'un ouvrier.
Depuis cette époque, je n'oublie pas la lutte des classes, en langue d'oc ou en langue d'oïl.

caroleone 09/02/2014 09:49

Merci pour cette mise au point nécessaire Roger, avec toi je comprends toujours mieux les choses et je me range à ton avis. Il y a des arguments chez ceux qui sont contre la charte des langues régionales qui me semblent vraiment très péjoratifs vis à vis des populations concernées .
Je pense en effet que les langues régionales ne sont pas un frein à la république mais plutôt une richesse puisque de toute façon le français restera la langue principale . peut-être bien que l'anglais est un danger plus grand vis à vis du français que le breton, l'occitan, le basque, le corse et l'accent des banlieues.
Je reprends ton article car il exprime bien ce que je voulais dire sans y arriver pour autant.
Amitiés du dimanche

caro

Trannoy 09/02/2014 14:11

Sauf qu'avec la charte des langues régionales il ne s'agit pas de cela, mais de bien autre chose. Cette charte est un élément du dispositif visant à démanteler les états nations au profit de la construction d'une EUROPE DES REGIONS. Cette charte participe à sa manière du besoin d'airE du MEDEF. Cette charte en fait conduit à restreindre l'usage du français, elle vise à diviser encore plus le monde du travail. Cette fuite en avant sociétale qui par nature divise. Cette fuite en avant dans le sociétal (chez les dirigeants du PCF en particulier) n'est que le reflets d'une désertion du champ social. Mais surtout lisez la charte