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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Mustapha Zitouni (le plus à gauche de l'image) pose avec ses coéquipiers du FLN à Tunis, le 18 avril 1958.

Mustapha Zitouni (le plus à gauche de l'image) avec ses coéquipiers du FLN à Tunis, le 18 avril 1958.

 

L'ancien footballeur international Mustapha Zitouni est mort dimanche 5 janvier à l'âge de 85 ans à Nice, des suites d'une longue maladie. Défenseur rugueux et puissant, ce natif d'Alger faisait partie des dix joueurs de première et deuxième divisions françaises qui ont choisi de partir en clandestinité, en avril 1958, pour former la première équipe de football d'Algérie, quatre ans avant l'indépendance du pays, à l'appel du Front de libération nationale (FLN).

Sa défection, en compagnie de celles d'autres internationaux français comme Rachid Mekloufi ou Abdelaziz Ben Tiffour, provoquera une tempête dans l'opinion publique française et contribua à médiatiser le conflit algérien, but ouvertement recherché par la direction du FLN.

A l'époque, Mustapha Zitouni, 30 ans, était un des piliers de l'équipe de Monaco et une valeur sûre de l'équipe de France, aux côtés de Raymond Kopa ou de Just Fontaine. Retenu à quatre reprises dans l'équipe tricolore, il devait, selon les commentateurs de l'époque, faire partie de la sélection française pour la Coupe du monde 1958, disputée en Suède.

Contacté par le FLN, comme la plupart des footballeurs d'origine algérienne évoluant en métropole, Mustapha Zitouni avait finalement choisi d'abandonner ses ambitions en équipe de France et de quitter de nuit Monaco pour rejoindre la direction du mouvement clandestin à Tunis.

 

Cela a une autre gueule que les caprices devant une Rolls ou les compromissions avec les patrons du "star sport system".

Autre chose de devenir clandestin pour la Liberté que de se chauffer les arpions sur les sables barbeléisés du Qatar.

Salut et chapeau monsieur Zitouni.

 

Pour le plus grand nombre des Canaillophiles, nous sommes en 58 après 1900 (celui qui pianote n'avaient que six ans), un coup de projo pour savoir de quoi il s'agissait. 

Un coup de tonnerre dans les cours de récrée. Un peu comme si aujourd'hui  Zidane anonçait rejoindre le Polisario, avec en plus les risques de répression par les flics du Valls de l'époque qui va avec ici ou des troupes coloniales là bas : la lutte contre la France coloniale en Algérie

Bien sûr, un point d'histoire du sport, et aussi de l'histoire de France et mais surtout premier lieu de l'Histoire de la guerre de Libération pour l'Indépendance de l'Algérie :

 

Le 15 avril 1958, le Front de libération nationale (FLN) communique:

« Des sportifs professionnels algériens viennent de quitter la France pour répondre à l’appel de l’Algérie combattante.

 

Cinq footballeurs sélectionnés sont arrivés à Tunis. Il s’agit des frères Abdelaziz Bentifour (international A et B, Monaco), Abderrahmane Boubekeur (international militaire et B, Monaco), Mustapha Zitouni (international A, Monaco), Kaddour Bekhloufi (Monaco) et Ammar Rouai (SCO Angers). […] Au moment où la France faisait à leur peuple et à leur patrie une guerre sans merci, ils se refusaient d’apporter au sport français un concours dont l’importance est universellement reconnue. […]

 

Comme tous les Algériens, ils ont eu à souffrir du climat raciste, anti-Nord-Africain et anti-musulman qui s’est rapidement développé en France au point de s’installer dans les stades.

 

En patriotes conséquents, plaçant l’indépendance de leur patrie au-dessus de tout, nos footballeurs ont tenu à donner à la jeunesse d’Algérie une preuve de courage, de droiture et de désintéressement. Le FLN envisage de créer une Fédération nationale algérienne qui demandera son adhésion à la Fédération internationale de football association (Fifa) en vue de participer aux compétitions internationales et à la prochaine Coupe du monde. »


 Cinq autres vedettes du championnat de France débarquent à Tunis le 17, où l’on fête le 27e jour du mois de ramadan et célèbre la Nuit du destin.

Outre Rachid Mekhloufi, il y a Saïd Brahimi et Abderrahmane Bouchouk (Toulouse), Abdelhamid Kermali (Lyon) et Mokhtar Arribi (Sète). L’opération a été mise au point et coordonnée par l’ancien joueur du Mans, Mohamed Boumezrag, alias « Boum ». Le onzième « disparu », Hassen Chabri (AS Monaco), est intercepté par la police à la frontière franco-italienne.

Sportif ET citoyen. Une grande page d'histoire qui se tourne

De fait, le Comité algérien de la Jeunesse et des Sports et l’hebdomadaire tunisois, Le Sport  mettent sur pied, pour le 3 mai, un match entre l’équipe du FLN et l’Entente tunisienne (la sélection de Tunisie) au « profit des réfugiés algériens ». Devant 8000 spectateurs, au stade municipal de Tunis, l’équipe du FLN – qui a récupéré un onzième joueur algérien d’origine, Hamadi Khaldi – écrase ses hôtes 5-1. Un festival signé Brahimi (2 buts),Bouchouk, Mekhloufi et Rouai. Les organisateurs s’associent aux journaux L’Action et Al Amal pour lancer, les 9 et 11 mai, un tournoi avec la participation des sélections nationales d’Algérie, de Libye, du Maroc et de Tunisie.


Le 7 mai, depuis Zurich, la FIFA, saisie par la Fédération française (FFF), réagit. Elle s’oppose à toute qualification des joueurs «français musulmans d’origine algérienne » en rupture de contrat et interdit à tous ses membres de « jouer, sous n’importe quelle forme, contre des équipes comprenant les joueurs suspendus (à savoir Boubekeur, Bentifour, Zitouni, Rouai, Kermali, Mekhloufi, Brahimi et Bouchouk) ».

 

Comme quoi le positionement de la FIFA comme outil de soutien à toutes les réactions et dictatures n'est pas une nouveauté.

Durant trois ans et demi, ces « footballeurs de la nuit », bien que suspendus par la FIFA, ont réussi à former une équipe de haut niveau international dont les exploits restent encore trop méconnus, même en Algérie.

Rédigé par Canaille Lerouge

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sorcière and co 12/01/2014 14:53

le foot étant à l'époque le sport populaire le plus aimé du peuple et à juste raison, vivre un match c'était magique, la force, l'espoir et l'authenticité
maintenant plane la nostalgie de ce foot mythique, mais aussi l'espoir qu'un autre foot est possible