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Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Hélène Brion naît à Clermont-Ferrand le 27 janvier 1872. Institutrice en 1905, elle adhère à la jeune SFIO, tout en étant adhérente de la Fédération féminine universitaire, avec deux idées en tête : les droits des femmes en général et le suffrage féminin. Dès sa vingtième année, elle se consacre à l’écriture d’un ouvrage L’encyclopédie féminine, qu’elle va poursuivre toute sa vie.

Enseignante dans le 13ème arrondissement de Paris, elle adhère à la Fédération nationale des instituteurs, amicale ou syndicat selon le pouvoir en place. Effectivement, la loi de 1884 sur les syndicats ne s’applique pas aux fonctionnaires. Mais la Fédération, formée le 13 juillet 1905, s’affilie à la CGT en 1909.

Le 16 août 1912, à Chambéry, Hélène Brion est déléguée au congrès de la Fédération nationale des instituteurs et institutrices publics de France et des colonies. Les hommes y sont majoritaires, alors que l’enseignement se féminise (53,4% d’institutrices en 1881 ; 58,2% en 1911) et que les femmes participent nombreuses à l’activité des 46 syndicats organisés au sein de la CGT.

 Mais preuve que le courant féministe marque des points, Hélène Brion est élue secrétaire générale adjointe du syndicat en janvier 1914, le secrétaire général étant toutefois un instituteur.

 

Avec son syndicat et son parti, Elle espère en une grève générale des travailleurs des deux côtés du Rhin pour empêcher la guerre qui se précise à l’été 1914. Elle déclare son pacifisme dans La Bataille syndicaliste. Mais à peine Jean Jaurès enterré, SFIO et CGT rallient l’Union sacrée, Hélène Brion aussi, mais pour peu de temps. « C’est vrai, j’ai cru comme tant d’autres à la guerre du droit et de la justice. Mais je reconnais maintenant que je me suis trompée et je considère cette erreur comme la plus grande faute de ma vie », confie-t-elle dès les premiers soldats décimés sur le front. Dès lors, Hélène Brion s’engage contre la guerre : tracts, affiches, brochures, prises de parole publiques.

Si dans la SFIO aucune opposition à la guerre ne naît, des premiers signes de résistance se font voir au Comité confédéral national de la CGT, son instance dirigeante, en décembre 1914. Ils se manifestent aussi lors du CCN du 15 août 1915 dont Hélène Brion, devenue secrétaire générale de la Fédération des instituteurs, le responsable en titre appelé au front.

Elle se rallie à la minorité autour d’Alphonse Merrheim, secrétaire général des métallurgistes. Mais ce courant est battu par 79 voix contre 26. Or, la résolution contre l’Union sacrée, est publiée dans la presse syndicale des instituteurs.

 

Hélène Brion adhère au Comité de défense syndicaliste qui se propose « de lutter contre la déviation du mouvement ouvrier opérée par la majorité confédérale de la CGT ». Au CCN du 25 décembre 1916, l’action de la CGT est toujours soutenue par 99 voix contre 26 et 8 abstentions.

1917, quatre vagues revendicatives déferlent sur la France : en janvier, mai, juin et septembre. La secrétaire générale de la Fédération des instituteurs y tient toute sa place dans Paris. Hélène Brion est des manifestations organisées par les ouvrières, comme des rassemblements à la Grange-aux-Belles, siège de la CGT. Et son activité en faveur des femmes ne faiblit pas : elle est du Comité intersyndical d’action contre l’exploitation des femmes au travail, fondé par les minoritaires de la CGT en juillet 1915.

[18] mai 1917 [à Paris], grève des midinettes [couturières] : [photographie de presse] / [Agence Rol] - 1

grève des couturières. Paris. Grange-aux-Belles. Meeting du 18 mai 1917.

 

Mais, au CCN du 25 décembre 1917, Léon Jouhaux et les siens l’emportent toujours. Hélène Brion n’y assiste pas. Elle a été arrêtée, puis relâchée le 27 juillet 1917, mais inculpée de haute trahison et suspendue de traitement. Elle est à nouveau emprisonnée le 17 novembre à la prison des femmes de Saint-Lazare, puis passe devant le Conseil de guerre du 25 au 31 mars 1918. « Je comparais ici comme inculpée de délit politique, or je suis dépouillée de tous les droits civiques », assène-t-elle à ses juges.

Le Conseil de guerre confirme sa révocation de l’enseignement public avec effet au 17 novembre 1917 et la condamne à trois ans de prison avec sursis pour propagande défaitiste. Elle ne sera reintégrée que 7 ans plus tard sous le gouvernement du Cartel des gauches.

 

Malgré sa révocation, elle est déléguée au congrès confédéral de la CGT, à Versailles, en juillet 1918. Elle en assure la présidence d’une séance. Mais de cette tribune, elle fustige la confédération qui, en 1917, ne l'a guère soutenue lors de ses démêlées avec la justice. Allusions à Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT et Commissaire de la Nation, ce qui lui ouvrait bien des portes dans les ministères.

Les congressistes ne la suivent pas. Et sur les trois déléguées à ce congrès (alors que les femmes sont entrées en force dans le monde du travail), elle seule se range du côté des minoritaires : 253 voix contre 908 pour la ligne confédérale de Léon Jouhaux.

Lignes tirées de mon ouvrage Le travail des femmes autrefois jusqu'aux anées 1960 paru aux éditions l'Harmattan.

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caroleone 23/11/2013 20:20

Merci Roger....